L'ADN des pépins de raisin révèle l'histoire millénaire de la viticulture française
ADN des pépins : histoire millénaire de la viticulture française

L'ADN des pépins de raisin révèle l'histoire millénaire de la viticulture française

Des pépins de raisin découverts sur des sites archéologiques peuvent sembler insignifiants au premier abord. Pourtant, l'analyse de leur ADN ouvre une fenêtre fascinante sur l'histoire plurimillénaire de la vigne cultivée. Le séquençage du génome de pépins vieux de plusieurs millénaires dévoile une histoire déjà entrevue par l'archéologie : celle de l'introduction de la viticulture en France, des échanges de cépages à l'échelle européenne et des pratiques agricoles ancestrales qui ont laissé des traces jusqu'à notre époque contemporaine.

Une analyse génétique révolutionnaire

Nos résultats, publiés récemment dans la prestigieuse revue Nature Communications, démontrent notamment que certains cépages emblématiques, comme le pinot noir – variété phare de la Bourgogne –, étaient déjà présents au Moyen Âge. L'histoire de la vigne s'est longtemps appuyée sur l'étude morphologique des pépins. Cette approche puissante a permis de distinguer de grandes tendances, notamment sur le caractère sauvage ou domestique des pépins, et de retracer les débuts de la viticulture.

Cependant, certaines questions restaient difficiles à trancher : origine géographique précise des cépages, relations de parenté complexes ou encore modes de multiplication (croisement ou reproduction clonale) et circulation des plants. L'ADN ancien, pouvant être préservé au cœur même des pépins, apporte ici une aide particulièrement décisive, servant de témoin privilégié des relations entre les vignes du passé et celles d'aujourd'hui.

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Une étude approfondie sur près de 4 000 ans

Nous avons ainsi analysé 49 pépins provenant de différents sites archéologiques, majoritairement français, et couvrant près de 4 000 ans d'histoire, de l'âge du bronze à la fin du Moyen Âge. Ces pépins gorgés d'eau ont été préservés dans des contextes spécifiques, humides, ayant contribué à une conservation exceptionnelle de leur ADN.

L'ADN a été extrait dans le laboratoire spécialisé en ADN ancien du Centre d'anthropobiologie et de génomique de Toulouse, conçu spécifiquement pour isoler et manipuler les molécules aussi rares que dégradées qui ont traversé les époques dans les restes archéologiques. Cet ADN ancien a pu être décrypté grâce à des technologies de séquençage de pointe, permettant d'en lire la totalité de l'information génétique, soit ici un texte génétique d'environ 500 millions de lettres.

Ces données précieuses permettent d'établir les relations génétiques entre individus, d'identifier les origines géographiques des cépages et de retrouver les techniques de propagation passées : soit par croisement, mélangeant des variétés d'origine ou de qualités distinctes ; soit par reproduction clonale (par bouturage, marcottage ou greffe) pour maintenir à l'identique dans le temps une variété qui leur était particulièrement précieuse.

Des circulations importantes depuis des millénaires

Notre découverte prouve l'ancienneté remarquable de la viticulture. Les premières vignes cultivées apparaissent en France aux alentours de l'an 600 avant notre ère, avec le développement des échanges méditerranéens, notamment du vin. Elles coexistent avec des vignes sauvages locales, et des croisements entre ces deux types contribuent activement à la diversité des cépages que nous connaissons aujourd'hui.

Les analyses génétiques confirment également l'existence de circulations à longue distance dès cette période antique. Des influences venues d'Ibérie, des Balkans ou du Proche-Orient témoignent des échanges dynamiques des plants et de savoir-faire à l'échelle de la Méditerranée et, plus généralement, de l'Europe entière.

Autre point particulièrement important : la multiplication clonale apparaît comme une pratique ancienne et commune, déjà solidement en place dès l'âge du Fer. Elle a permis de maintenir certaines variétés d'intérêt sur de très longues périodes et de les diffuser efficacement sur de longues distances géographiques.

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C'est dans ce cadre historique que nous avons identifié un pépin médiéval considéré comme étant génétiquement identique au pinot noir actuel, illustrant de manière frappante la continuité de certains cépages sur plusieurs siècles, voire millénaires.

Perspectives futures et enjeux contemporains

L'apport de l'ADN ancien ne se limite pas à confirmer des scénarios existants, il ouvre aussi de nouvelles pistes de recherche passionnantes. En combinant données anciennes et modernes, il devient possible d'aller beaucoup plus loin dans la caractérisation détaillée des vignes du passé. Des approches récentes permettraient par exemple d'inférer certaines caractéristiques des raisins anciens, comme la couleur des baies ou certains traits liés au goût et à l'arôme.

Ces méthodes innovantes pourraient aussi permettre de mieux comprendre les adaptations des cépages aux environnements du passé, ou encore les choix opérés par les sociétés anciennes dans leurs pratiques agricoles sophistiquées. À terme, ces recherches contribuent activement à mieux documenter la diversité génétique de la vigne et son évolution complexe, un enjeu particulièrement important dans le contexte actuel de changements climatiques accélérés.