Léo Gardy, de l'espoir cycliste à la scène théâtrale sur vélo fixe
Léo Gardy : du vélo de compétition à la scène théâtrale

Un spectacle unique mêlant théâtre et cyclisme

Un homme seul sur scène, pédalant sur un vélo fixe tout en déclamant un texte pendant plus d'une heure. Cette image rappelle immédiatement la performance mythique de Sami Frey au festival d'Avignon en 1988, dans une mise en scène épurée de Je me souviens de Georges Perec. Aujourd'hui, la scénographie de Forcenés, adaptation du livre de Philippe Bordas consacré au cyclisme, évoque irrésistiblement cette pièce historique.

Une mise en scène audacieuse

Pour raconter les grands champions que furent Jacques Anquetil, Fausto Coppi, Charly Gaul ou Bernard Hinault, le metteur en scène Jacques Vincey a choisi d'installer le comédien Léo Gardy de manière similaire. Sur un vélo fixe au centre du plateau du théâtre de la Concorde, l'acteur déclame son texte à la fois lyrique et suave tout en pédalant. Mais là où Sami Frey y allait calmement, dos bien droit sur son cycle hollandais, le jeune Léo Gardy déclenche, de temps à autre, de véritables sprints. Parfois, le vélo s'incline même pour restituer des montées.

Une performance physique impressionnante

Face au public, le comédien-cycliste se donne à fond sur son home-trainer de compétition. En recherche de vitesse, il mouline son pédalier avec intensité tandis que, sur un grand boîtier lumineux connecté à la machine et à des électrodes qu'il porte, sa vitesse et son rythme cardiaque grimpent en flèche. Les pointes atteignent 80 km/h et 190 battements par minute. Cette performance est d'autant plus saisissante que Léo Gardy déroule le texte les yeux dans les yeux avec les spectateurs, tandis que défilent dans son dos, projetées sur un écran, des séquences filmées présentant la route parcourue.

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À raison de 27 kilomètres par représentation, l'acteur enchaîne ainsi près de 200 bornes par semaine depuis le 18 février. La magie du théâtre opère au point que le public communie tellement avec le comédien qu'on se retrouve, littéralement, le souffle court au moment d'applaudir. Diction impeccable malgré l'effort, phrasé inouï en dépit des douleurs, c'est peu dire que Léo Gardy impressionne dans ce rôle qui semble taillé sur mesure pour lui.

Un parcours atypique entre cyclisme et théâtre

Des débuts prometteurs dans le cyclisme

Léo Gardy, originaire de Corrèze, a en effet été un jeune espoir du cyclisme hexagonal de 13 à 18 ans. Repéré par le sélectionneur de l'équipe de France François Trarieux, il a concouru à la plupart des championnats nationaux entre 2010 et 2013 avant qu'une péritonite aiguë ne le détourne des circuits. « L'arrêt de la compétition a été très difficile pour moi car le vélo avait été un dérivatif après le décès de mon père lorsque j'avais 16 ans », explique le jeune homme qui voit dans ce spectacle en forme de course-poursuite une métaphore de nos efforts pour exorciser la mort.

Une reconversion réussie

Contraint de s'imaginer un avenir en dehors du sport après le bac, Léo Gardy s'inscrit en école de commerce à Clermont-Ferrand sur les conseils de sa mère, puis monte à Paris où il travaille pour des marques de haute couture. Repéré par une agence de mannequin, il se tourne vers la mode en 2016 et défile pendant trois ans pour des marques de luxe. « Une expérience amusante et formatrice mais qui m'a un peu laissé sur ma faim », analyse rétrospectivement le jeune homme d'1m87 à la plastique de top model.

Fin 2018, Léo Gardy change radicalement de direction en s'inscrivant à l'école de cinéma Kourtrajmé. « Ayant toujours un carnet avec moi où je note mes idées et mes pensées, je voulais apprendre à écrire des scénarios. J'ai sauté sur l'opportunité que m'offrait cette école où tout est gratuit, de la formation au repas », confie-t-il avec reconnaissance.

L'éclosion d'un talent théâtral

Pendant trois mois, Léo Gardy ne manque aucune des master classes dispensées par les réalisateurs Ladj Ly, Michel Hazanavicius et Romain Gavras. Il profite de son temps libre pour développer un projet de film et concocte en parallèle des sketches. Sous la férule de Pierre Delavène, il fonde avec une poignée d'amis la compagnie « Merci pour les fleurs » et écrit sa première pièce de théâtre.

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Intitulée Balles perdues, cette pièce raconte l'histoire d'une bande d'amis qui se disloque. « Une allégorie de notre société en pleine implosion », soupire son auteur. Le texte remporte le prix du public au festival de Bois-Colombes puis est programmé au festival d'Avignon à l'été 2023 où la pièce affiche complet pendant un mois.

Un avenir prometteur

Modeste, Léo Gardy voit dans ses premiers succès sa « chance » d'être né sous une bonne étoile, mais aussi le fait d'avoir croisé des « bonnes fées » qui l'ont aiguillonné dans son parcours. « J'ai rencontré des gens précieux », dit-il, citant pêle-mêle le comédien Axel Auriant, actuellement à la Comédie française, ainsi que ses camarades de jeu et le metteur en scène Thomas Ostermeier.

Depuis le printemps dernier, les choses se sont accélérées pour l'acteur. Il a été distribué dans une adaptation du texte intégral de Platonov de Tchekhov, un spectacle-fleuve de 10 heures mis en scène par Yuming Hey qui sera repris en mai au Théâtre 14. Léo Gardy se prépare désormais à réenfiler son dossard de cycliste en juillet au festival d'Avignon. Sous le soleil du Vaucluse, nul doute que le jeune comédien va définitivement s'échapper du peloton.

Forcenés, texte de Philippe Bordas, mise en scène de Jacques Vincey, avec Léo Gardy, sera présenté au festival d'Avignon cet été après avoir été joué au théâtre de la Concorde jusqu'au 28 février.