Cyril Gelblat tourne «Montagnes russes» sur la Côte d'Azur
Cyril Gelblat tourne «Montagnes russes» sur la Côte d'Azur

Le réalisateur niçois Cyril Gelblat est actuellement en tournage sur la Côte d'Azur pour son quatrième long-métrage, «Montagnes russes», avec un casting prestigieux comprenant Jean Dujardin, Marie Gillain, Jacques Weber, Michel Fau et Marthe Keller. Le film, qui aborde le thème de la maladie mentale, est tourné à Beaulieu-sur-Mer, Villefranche-sur-Mer et Nice. Pour le cinéaste, ce projet est profondément personnel, puisqu'il puise dans son enfance difficile.

Un retour aux sources chargé d'émotion

Cyril Gelblat a choisi de tourner ce film sur ses terres natales, un choix qu'il qualifie de «bonheur» malgré une enfance parfois «compliquée». Il confie avoir grandi dans cette région qu'il décrit comme un «décor de cinéma», mais son histoire personnelle est marquée par la maladie de ses parents. «J'ai eu une enfance compliquée, avec deux parents atteints de maladie mentale. À devoir m'occuper d'eux. Les accompagner dans les hôpitaux psychiatriques, faire en sorte qu'ils ne se suicident pas…», a-t-il déclaré.

Le thème de la bipolarité, qu'il aborde dans son film, lui a longtemps semblé trop intime pour être traité à l'écran. C'est une rencontre avec un psychiatre niçois qui a changé la donne. «Il m'a dit : “Cyril, vous n'êtes pas bipolaire, vous êtes juste un enfant parentalisé”», rapporte-t-il. En cherchant ce terme sur Internet, il a eu l'impression de lire sa propre biographie. Cyril Gelblat a passé les 17 premières années de sa vie au col de Villefranche, dans une maison où il vivait parfois seul avec sa sœur lorsque leurs parents étaient internés.

La maladie mentale, un sujet toujours délicat

Le réalisateur, ancien élève du collège Roland-Garros et du lycée Calmette, se souvient qu'à l'époque, la maladie mentale était un sujet tabou. «Les fous, on ne les envoyait pas à l'hôpital, mais à l'asile. Pas pour les soigner, plutôt pour les éloigner de la société», rappelle-t-il. Aujourd'hui, il constate avec satisfaction que cette période est révolue, même s'il regrette un certain excès inverse qui consisterait à glorifier l'«excentricité» liée à ces troubles. Son enfance, lui, n'aspirait qu'à une chose : «la normalité».

Dans «Montagnes russes», il souhaite montrer la maladie mentale telle qu'elle est, sans la sublimer. «Je veux monter la maladie mentale telle qu'elle est. Même si j'ai décidé de l'inscrire dans ce décor grandiose qu'est naturellement la Côte d'Azur. Pas pour sublimer la folie, mais parce que je voulais des décors plus grand que la vie», explique-t-il. Un travail sur lui-même a été nécessaire, ainsi qu'une adaptation du script de Lætitia Colombani pour correspondre à sa vision.

Des difficultés de financement malgré le casting

Le tournage, qui a débuté il y a une quinzaine de jours sur le port de la Darse à Villefranche, n'a pas été sans obstacles. Dix jours avant le début, la municipalité a présenté une facture de 4 000 euros pour l'utilisation des lieux, une somme qui n'avait jamais été évoquée auparavant. Cyril Gelblat avoue avoir eu l'impression de se «faire racketter». Les budgets cinématographiques étant en baisse, il déplore que l'étiquette locale n'ait pas suffi à obtenir l'aide de la Région, en partie à cause d'une «guéguerre entre Nice et Marseille» et d'une «logique économique» qui privilégie le nombre de nuitées et de techniciens locaux plutôt que le propos du film.

Malgré ces difficultés, le réalisateur souligne que «Nice, Beaulieu et le Département nous ont aidés». Il oppose son projet aux grosses productions américaines présentes sur la Côte d'Azur, qui disposent de moyens bien supérieurs. «Nous, ce qu'on essaye de faire, c'est un film ambitieux sans pour autant en avoir les moyens», résume-t-il. Même Jean Dujardin, dont la présence pourrait laisser croire à un budget confortable, «a fait un effort» selon le cinéaste. Les frais de tournage, comme les patentes et redevances municipales, sont autant d'argent qui ne va pas à l'image, et donc au public.