Pays Basque : Découverte de trésors cachés dans les églises et chapelles de Soule
Trésors cachés des églises du Pays Basque

Pays Basque : Les trésors cachés des églises et chapelles de Soule

Par les vues panoramiques époustouflantes ou les richesses patrimoniales qu'elles dévoilent, ce chapelet d'églises et de chapelles du Pays basque apporte lumière et couleurs au week-end pascal, ainsi qu'à toutes les autres périodes de l'année. Commençons par l'église Saint-Martin d'Espès, un édifice un peu de guingois dans un virage de la D11, à l'approche de Mauléon, qui cache bien son jeu. En réalité, elle a même dissimulé ses secrets à ses propres paroissiens pendant deux siècles entiers.

Une découverte fortuite à l'église Saint-Martin d'Espès

En 2007, le village obtient une subvention pour rénover la grande toile du XIXᵉ siècle marouflée sur sa voûte. La surprise est de taille lorsqu'on la décolle : le saint Martin adorant la Sainte-Croix masquait des lambris en sapin et châtaignier entièrement peints au XVIIᵉ siècle. Ces œuvres illustrent une Passion du Christ haute en couleurs et en émotions, un véritable catéchisme en images. Avec philosophie, les villageois acceptèrent d'aller prier pendant trois ans dans l'église d'Undurein, le temps que la charpente soit refaite et cette merveille, rafraîchie. Ce magnifique plafond orné leur fut révélé en 2010, le jour de la Saint-Martin, dévoilant des moments cruciaux de la vie du Christ.

Au sortir des guerres de Religion, l'heure était à la ré-évangélisation de ces terres souletines, où les cœurs balançaient entre la France catholique et la Navarre protestante, après des siècles de violence. Dans les années 1630-1640, l'Église reprenait la main, avec le retour des prêtres et des ordres religieux au pied des Pyrénées. Les peintures d'Espès pourraient être attribuées à des missionnaires jésuites, comme le suggèrent des détails stylistiques, tels que le système de points pour figurer les vêtements, ou des éléments exotiques comme des personnages à turban et aux yeux bridés. Ces caractéristiques sont typiques de cet ordre voyageur, qui aurait fait appel à un artiste du sud de la frontière. La graphie, la signature, et ce type de récits en images, similaires à ceux trouvés dans de nombreuses missions latino-américaines, semblent confirmer cette origine. C'est un foisonnement artistique, une expressivité remarquable, avec des couleurs d'une beauté saisissante !

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La chapelle de la Madeleine : un pèlerinage ancestral

Perchée sur une colline à 795 mètres au-dessus de Tardets-Sorholus, la chapelle de la Madeleine plonge ses racines profondément dans l'histoire basque. Elle se dresse sur le lieu d'un culte rendu à Herauskorritxe, un dieu antérieur à la romanisation. Au IIIᵉ siècle, le citoyen Gaius Valerius Valerianus lui dédia une belle stèle votive en marbre blanc de Saint-Béat. L'original est exposé à l'espace consacré à la mythologie basque de l'office de tourisme de Tardets. Herauskorritxe, peut-être un dieu de la poussière rouge ou de la foudre rouge, est considéré par les historiens comme une sorte de Jupiter basque, logiquement associé à ce sommet.

Les Basques ont longtemps maintenu la tradition de se rendre en pèlerinage à la Madeleine pour « bénir l'air » et se protéger des caprices de la météo. Cependant, leurs prières n'étaient pas toujours exaucées, comme en témoigne la tempête de 1961 qui détruisit la chapelle. Celle-ci fut reconstruite en trois mois par des bénévoles locaux, avec un vin d'honneur pour célébrer l'effort collectif. Aujourd'hui, on peut y accéder à pied par une belle randonnée de six heures, ou en voiture et à vélo par une petite route aérienne offrant des vues spectaculaires.

À l'intérieur, une petite porte latérale ouvre sur une nef magnifique, avec un sol dallé de pierre, des galeries en bois vernis et des vitraux multicolores. Les fidèles y déposent prières et ex-voto, notamment lors des pèlerinages d'Igante Xuri (le dimanche de la Passion) ou pour la fête de Marie-Madeleine, le 22 juillet. En ce week-end pascal, la vue sur les Pyrénées enneigées est tout simplement à couper le souffle !

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La chapelle Saint-Antoine de Musculdy : un symbole de paix

Depuis le restaurant Chistera à Ordiarp, on jouit d'une vue imprenable sur une autre chapelle-phare : Saint-Antoine de Musculdy. Avant d'y monter, il vaut la peine de s'arrêter pour déjeuner, car l'assiette est à la fois bonne et belle, avec un accueil chaleureux. Pour le café, direction la Ferme Landran, où l'on peut déguster un esquimau au lait de la ferme, fabriqué par Goxokia à Mauléon. Bruno et Nathalie Boscq partagent volontiers les traditions pascales de leur exploitation agricole, emmenant les visiteurs voir leurs agnelles manechs à tête rousse et les petits veaux « blonds » d'Aquitaine.

Josette Boscq, maire sortante et deuxième adjointe de Musculdy, se souvient des repas copieux servis les jours de pèlerinage à la chapelle Saint-Antoine. Jusque dans les années 1970, les restaurateurs du village montaient en charrette tables, bancs et bâches pour sustenter les pèlerins entre la messe du matin et les vêpres. Aujourd'hui, la piste est carrossable, mais les pèlerins aiment toujours monter à pied depuis le village ou le col d'Osquich.

Cette chapelle, dédiée à Saint-Antoine-de-Padoue, fut construite en 1385 pour sceller la paix que Charles II de Navarre voulait imposer aux seigneurs turbulents de Luxe et de Bidache. Un traité, conservé aux archives royales de Pampelune, stipulait que si l'un d'eux rompait la paix, ses biens seraient confisqués et partagés entre le roi et les chapelains de la nouvelle « chapelle de la Paix ». Cette arme de dissuasion massive fonctionna, et la chapelle, visible depuis la Soule, la Navarre et la Basse-Navarre, n'a pas souffert des guerres, mais plutôt des intempéries. Reconstruite et agrandie, son nouveau clocher trinitaire veille désormais sur la paisible symphonie pastorale des collines et des troupeaux.

Le Domaine Agerria : une renaissance patrimoniale

La dernière chapelle se niche à l'intérieur du Domaine Agerria, sur les hauteurs du Saison. Les bâtiments de l'ancien monastère, après avoir servi de maison de retraite, d'école, d'hôpital et de gendarmerie, ont entamé une nouvelle carrière dans le tourisme depuis le départ des derniers frères en 2009. La nouvelle équipe envisage de transformer ce patrimoine religieux, dont la chapelle du XIXᵉ siècle, en salons et lieux de réception, ajoutant ainsi un supplément d'âme à l'expérience des visiteurs. Avant de prendre un verre et des tapas en terrasse, face au château de Mauléon et aux vignes en fleurs, il est possible de découvrir ce lieu chargé d'histoire.

Carnet d'adresses pour explorer la Soule

  • Église Saint-Martin d'Espès : Ouverte tous les jours de 10h à 17h. Guide explicatif sur place. À gauche, en bord de D11, direction Mauléon, 64130 Espès-Undurein.
  • Chapelle de la Madeleine : Accessible en voiture, à vélo ou à pied par une boucle de 6h30. Espace d'interprétation sur la mythologie basque à Tardets-Sorholus.
  • Ferme Landran : Visite sur rendez-vous à partir de 3,50€. Camping à la ferme avec vue à partir de 15€ la nuit. Quartier Larréguy, 64130 Ordiarp.
  • Chapelle Saint-Antoine, Musculdy : Pèlerinages prévus en 2026 les 13 juin, 12 juillet et 16 août. Accès à pied depuis le col d'Osquich ou le bourg de Musculdy.
  • Où dormir : Les Fougères à Tardets (dès 80€ la nuit) et Domaine d'Agerria à Mauléon (dès 85€ la chambre double).
  • Où manger : Restaurant Le Chistera à Ordiarp (menus à partir de 21€) et Hôtel-restaurant Osquich à Musculdy (menu à 28€).