Pillages en série à l'apothicairerie de Bazas : un patrimoine en danger
Pillages à l'apothicairerie de Bazas : un patrimoine en danger

Classée Monument historique, l'apothicairerie de Bazas a subi de nombreux vols à répétition dans ses collections. Derrière ces intrusions, des pillages organisés aux conséquences irréversibles. C'était une matinée de janvier dernier. Le téléphone de Marie-José Filleau s'est mis à sonner, l'apothicairerie de Bazas venait d'être pillée, encore une fois. « Quand je suis arrivée, j'ai vu tout de suite ce qu'il manquait. C'était un chantier épouvantable. » Bénévole des Amis de la Cité, cette Bazadaise n'a même pas besoin d'avancer jusqu'au fond des salles. Elle, qui connaît chaque meuble, chaque reflet de cuivre, remarque en quelques secondes une collection balafrée dans cette ancienne pharmacie hospitalière du XVIIIe siècle, classée Monument historique. Des tiroirs ouverts, des étagères dénudées : « Des récupérateurs de métaux. Voilà ce qu'ils sont, c'est tout. » Pour être fondus.

Des vols organisés et méthodiques

Les 10 et 15 janvier, à deux reprises, des malfrats sont entrés dans le bâtiment de l'ancien hôpital Saint-Antoine et son musée. « Une fois de plus ». L'apothicairerie a déjà été victime de cinq vols en 2023. Cette fois-ci, tout semblait pourtant bien verrouillé. Une grande grille métallique, installée sur recommandation de la DRAC, condamnait l'accès avec trois points d'ancrage. « On pensait avoir une porte inviolable, mais ils sont quand même revenus. »

Selon les premiers constats, les intrus seraient passés par les toits avant de desceller la grille en creusant le sol. Des extincteurs auraient servi de butoirs pour faire céder les fixations. « Puis ils sont ressortis par la morgue, un fourgon les attendait directement là-bas, c'était très organisé. » Dans leur fuite, ils emportent une quinzaine d'objets anciens allant de simples pièces en cuivre à des œuvres classées au titre des monuments historiques, parmi lesquelles une balance et un mortier du XVIIe siècle. Depuis, l'apothicairerie est fermée au public.

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Un portrait disparu et des espoirs minces

En 2023 déjà, plusieurs objets avaient disparu lors d'une série de cinq cambriolages visant l'apothicairerie. Des pièces anciennes, mais aussi un tableau. Un portrait du XIXe siècle, représentant Jean VIII de Grégoire de Saint-Sauveur, dernier évêque de Bazas entre 1748 et 1792. Cette fois, il ne s'agit plus de cuivre à arracher ni de métal à revendre au poids.

Le 2 juin 2023, Marie-José Filleau surprend même les malfrats en plein cambriolage. « Je m'en souviens comme si c'était hier. Il y a eu une grande détonation, ils sont revenus en faisant exploser un morceau de la porte, en pleine journée. » Les silhouettes détalent aussitôt, mais les suspects – des adolescents – seront finalement interpellés puis jugés quelques mois plus tard en mars 2024. « Ils n'ont jamais voulu dire ce qu'ils avaient fait du tableau. » Depuis, plus rien. Le portrait semble s'être dissous dans la nature. « Ces œuvres-là, quand elles disparaissent, c'est fini. On ne les retrouvera jamais. »

Un patrimoine local fragilisé

Dans les registres du ministère de la Culture, de nombreux objets dérobés en Gironde manquent toujours à l'appel. Un buste reliquaire représentant saint Clair, volé dans la nuit du 4 octobre 1993 à Saint-Léger-de-Balson ; des clôtures d'accès au chœur, constatées volées à Martillac le 25 août 2024 ; un tableau du XVIIIe siècle intitulé L'Adoration des bergers, découvert volé à Villenave-d'Ornon en 1991… Des fragments d'histoire, qui rappellent que le patrimoine ne se joue pas uniquement dans les larges galeries nationales.

Marie-José Filleau veut croire que les objets réapparaîtront un jour quelque part. Puis sa voix ralentit. « J'espère qu'ils ont été revendus. Parce que sinon… » Sinon, cela signifie qu'ils ont probablement fini à la fonte. Réduits à quelques kilos de métal, sans autre valeur que leur poids. Une disparition irréversible pour ces objets qui avaient traversé plusieurs siècles d'histoire.

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