Marseille voit double avec une seconde Bonne Mère au Mucem jusqu'au 31 août
Oh salette ! Oh fatche de ! Oh Bonne Mère ! Ce dernier pastis était-il de trop ? On y voit double à Marseille. Car voilà qu'une seconde Bonne Mère veille désormais sur la ville, installée au sommet de la tour du roi René du fort Saint-Jean, à l'entrée du Vieux-Port. Cette réplique de trois mètres de haut, soit huit de moins que l'originale, s'inscrit dans le cadre d'une exposition consacrée aux Bonnes Mères, celles qui mettent au monde et chérissent, visible au Mucem jusqu'au 31 août.
Un symbole omniprésent dans le paysage marseillais
« La Bonne Mère, elle représente tout Marseille », résume un minot venu avec un centre social de Martigues faire un tour chez son illustre voisine. « C'est le soleil, la mer, le sel », renchérit un second peu après s'être pris tous ensemble en photo depuis le port, dans l'axe de la Bonne Mère sous le regard de leur animateur. « On la voit de partout », complète encore un troisième.
Si elle ne se laisse pas tout à fait contempler de partout, la Vierge à l'enfant se voit en revanche depuis de nombreux points. Des hauteurs des quartiers nord au Vieux-Port. Des plages Borély à l'Estaque. Des autoroutes, de l'A50 depuis Aubagne, de l'A55 ou l'A7 en descendant de Lyon. En arrivant par la mer, naturellement. Mais aussi par les rails, le voyageur pouvant l'apercevoir sitôt sorti sur le parvis de la gare Saint-Charles. Jadis, elle se laissait voir également depuis les virages du stade Vélodrome, avant la pose d'un toit à l'occasion de l'Euro 2016.
Une légende urbaine autour de la tour CMA-CGM
« Du ciel aussi », ajoute un pilote d'avion en escale à Marseille. « Elle fait partie du paysage qu'on longe avant d'atterrir à Marignane par vent du nord », complète le quinquagénaire, attablé à un café du Vieux-Port face à Notre-Dame de la Garde. « Même si l'altitude écrase un peu le relief, elle se détache nettement quoique le stade Vélodrome soit encore plus visible depuis le ciel. »
Sur un piton calcaire de 149 m, la Bonne Mère surélevée par la basilique, son clocher et son piédestal est le point culminant de la ville. On raconte ici que le projet déposé par l'architecte de la tour CMA-CGM, prévoyait 150 m de hauteur pour ce premier « gratte-ciel » de Marseille et que Jean-Claude Gaudin, alors maire de la ville et fervent catholique, avait expressément demandé que celle-ci ne dépasse pas Notre-Dame de la Garde. Légende ou vœu exaucé : la tour de l'armateur fait 147 m.
Un symbole de sororité et de renaissance
Camille dont le café a vue sur la « Bonne Mère » s'en réjouit : « Symboliquement, cela m'émeut beaucoup. On n'avait pas assez d'une seule vierge pour veiller sur tous les Marseillais et Marseillaises. J'y vois aussi un symbole de sororité, de ces deux jeunes mères qui se font face avec leur enfant dans les bras. »
Hélas pour Camille, cette réplique ne restera pas indéfiniment à Marseille, ayant vocation à suivre l'exposition actuellement présentée au Mucem. Sa construction est l'œuvre de l'atelier Christofle, un orfèvre parisien déjà auteur de l'originale, livrée en 1869. « Comme tous ceux qui connaissent Marseille, la Bonne Mère en est un symbole fort. C'était une évidence pour nous de participer 150 ans plus tard à sa reproduction », dit Hamdi Chatti, le président de l'atelier.
Une histoire millénaire et une rénovation récente
« Il y a en fait beaucoup de Bonne Mère à Marseille », reprend Caroline Chenu, co-commissaire de l'exposition. Il existe en effet près de 300 statues de vierges, bâties dans des niches aux angles des murs. « Ces femmes en or étaient les vigies des marins. Notre-Dame de la Garde a été d'abord un phare et on y célèbre le culte marial depuis le IIe siècle et un temple consacré à Artémis. Puis on est passé des mères des dieux, comme Artémis, Isis, Gaïa, Déméter et d'autres, à la mère de Dieu », retrace la commissaire.
Un lieu de culte donc vers lequel s'élèvent les espoirs et les yeux des Marseillais, depuis toujours. Mais celui-ci vient de s'offrir une jeunesse. Les travaux de rénovation se sont achevés en décembre 2025, offrant pendant près de dix mois la vue peu agréable au regard des Marseillais d'une statue emprisonnée dans une cage d'échafaudage dont l'éclat métallique donnait à regretter son habituel reflet doré. Parée de 30 000 nouvelles feuilles d'or, le tout financé par quelque 40 000 donateurs, la Vierge à l'enfant a retrouvé à présent tout son éclat et un peu plus.
Sur sa couronne d'or, ont pris place des petites lampes OACI qui diffusent un point lumineux rouge pour la rendre visible des avions. Voilà de quoi troubler certains Marseillais, comme Clément, qui n'a pas manqué ce détail « pas très joli, un peu bizarre ». Espérons que cela n'égare pas les marins.



