L'avenir de L'Hermione se joue à nouveau devant la justice
Ce mercredi 25 mars, le tribunal judiciaire de La Rochelle examine une nouvelle fois les offres de reprise de la célèbre frégate L'Hermione. Cette audience cruciale pourrait-elle enfin déterminer le sort définitif du trois-mâts historique ? La prudence reste de mise, car déjà en janvier dernier, les juges avaient accordé deux mois supplémentaires d'observation à l'association Hermione, placée en redressement judiciaire depuis septembre 2025.
Quatre candidats pour un patrimoine maritime
Ils seront quatre à présenter leurs projets devant les magistrats ce mercredi. Trois candidats s'étaient déjà manifestés lors de l'audience du 28 janvier, tandis qu'un quatrième pourrait créer la surprise. La question centrale demeure : un nouveau délai sera-t-il accordé pour permettre aux différents acteurs de peaufiner leurs offres ?
Dans un contexte particulièrement symbolique - l'année 2026 marque à la fois les 400 ans de la Marine française et les 250 ans de l'indépendance américaine, événement auquel L'Hermione a contribué - personne n'imagine une liquidation brutale du navire emblématique.
L'association Hermione défend son projet historique
L'association armatrice, toujours convaincue par le projet initial, mène la bataille avec détermination. « On est les seuls à connaître ce bateau et on va se battre en montrant que L'Hermione est un bateau qui se visite, qui navigue, qui a un volet insertion et un agrément formation », insiste la directrice Émilie Beau.
Réconfortée par la reprise des dons - 168 000 euros en 2024, 400 000 en 2025 et une collecte qui se poursuit depuis janvier 2026, période habituellement creuse - l'association cherche cependant toujours 5 millions d'euros pour achever la réparation de la frégate, rongée par des champignons et immobilisée à Anglet depuis 2021.
« Si on veut revoir L'Hermione à Rochefort, il faut d'abord sauver le patrimoine », explique Émilie Beau, qui se présentera devant le tribunal avec le soutien écrit de Catherine Chabaud, ministre de la Mer. L'association emploie actuellement dix salariés permanents, cinq en CDD et de nombreux bénévoles, générant 1,5 million d'euros de recettes annuelles grâce aux visites du public.
Le Centre international de la mer prône un bateau-musée
Le Centre international de la mer (CIM) défend quant à lui une vision différente : transformer L'Hermione en bateau-musée présenté à sec à Rochefort, sans navigation. « Notre priorité est de ramener L'Hermione à Rochefort pour la présenter à sec, sans la faire naviguer. Mais nous ne reprendrons pas le passif, il faudra en passer par la liquidation et déterminer les coûts et les financements », précise Emmanuel de Fontainieu, directeur de la Corderie.
Le CIM pourra produire devant le tribunal le soutien prudent du maire de Rochefort et président de l'Agglomération, Hervé Blanché, qui conditionne son appui « dans les limites de nos capacités techniques et financières, dans l'attente du chiffrage précis, et du montage juridique et financier de ce projet ».
Les études sur la transportabilité et l'état sanitaire de la frégate, initialement attendues en janvier, sont toujours en cours, compliquant l'évaluation précise du projet.
Un marin professionnel propose une navigation mondiale
Parmi les autres candidats, Tugdual Jaouen, patron d'une compagnie de transports maritimes, propose de faire naviguer L'Hermione partout dans le monde pendant 25 semaines par an. Pour porter son offre, il a créé l'association Clippers France avec cinq de ses frères et noué un partenariat avec Gward an Aod, association spécialisée dans l'entretien et la navigation de navires historiques.
« J'ai contacté l'association Hermione et la Corderie pour construire une offre qui aille à tout le monde : une Hermione navigante et, en alternative au bateau-musée pour dynamiser l'arsenal, des bateaux qui viendraient se faire construire à Rochefort », explique-t-il. Malheureusement, ses tentatives de dialogue sont restées sans réponse.
Pour mesurer l'attachement du public au trois-mâts, Tugdual Jaouen a lancé une collecte sur Ulule et une pétition sur Change.org.
Un quatrième candidat surprise
Le quatrième prétendant, qui ne s'était pas présenté en janvier, émane de Christophe Degnero, PDG de Presence group, société spécialisée dans le conseil aux entreprises. Cet homme d'affaires, appréciant la navigation, se serait associé à d'autres décideurs pour monter son offre, bien qu'il soit peu connu du grand public à Rochefort.
Les collectivités territoriales, sollicitées pour soutenir financièrement les différents projets, adoptent des positions variées :
- La Région a refusé de prendre parti « par respect pour l'association en lice aussi »
- Le Département a carrément refusé toute participation
Alors que L'Hermione ressemble aujourd'hui davantage à un chantier qu'à la superbe frégate qu'elle fut, entourée d'échafaudages à Anglet, son avenir se joue une nouvelle fois devant les juges rochelais. La poupe conserve encore une certaine fierté, mais le navire tout entier attend une décision qui pourrait le sauver ou le condamner définitivement.



