Le pain des Aigladines : un rituel convivial au cœur du Gard
Le troisième mardi de chaque mois, un rituel immuable anime le hameau des Aigladines, sur la commune de Mialet dans le Gard. Chez Robert Pongy, le four familial reprend vie pour cuire du pain selon des méthodes traditionnelles, créant un moment de partage unique qui attire voisins et amis des villages alentour.
Une tradition ressuscitée
"Pour utiliser de nouveau le four qui n'avait pas servi depuis 1940, j'ai demandé l'expertise d'un boulanger retraité qui m'a donné son feu vert", explique Robert Pongy. Cette initiative a donné naissance à un rendez-vous mensuel qui dépasse la simple fabrication de pain pour devenir un véritable événement social.
Entouré de ses voisins François Boucon et Serge Soetens, Robert Pongy supervise chaque étape du processus. La recette reste fidèle à la tradition :
- 18 kg de farine bio (mélange de T80 et T65)
- De la levure naturelle
- Beaucoup d'huile de coude
Un processus minutieux
La préparation commence la veille, avec l'allumage du four à 17 heures. François Boucon précise : "Une demi-stère de bois de châtaigner est nécessaire, et le four doit être alimenté toutes les trois heures pendant toute la nuit."
Le lendemain après-midi, place à la préparation de la pâte, à la levée et au premier pétrissage des pâtons. Les invités participent activement aux différentes étapes. Rémy Deleuze, l'un des habitués qui a travaillé en boulangerie-pâtisserie dans sa jeunesse, prodigue ses conseils : "Si ça colle, mettez davantage de farine."
Le moment crucial de la cuisson
À 17h30, vient le moment crucial : vérifier que le four a atteint la température idéale de 300 degrés, vider les braises, dégager et nettoyer la sole avant d'enfourner les miches. Robert Pongy explique : "Le temps de cuisson varie suivant les saisons. En hiver entre trois-quart d'heure et une heure. L'été quarante à quarante-cinq minutes suffisent. Tout a de l'importance : la météo, l'humidité, la qualité du bois ou la pression atmosphérique."
Un rassemblement convivial
Le résultat : cinquante-cinq pains de 500 grammes qui se partagent entre les convives venus de Saint-Sébastien-d'Aigrefeuille, Thoiras, Générargues et du village voisin. "Lorsque le pain est prêt, on prend un apéritif et on déguste des pizzas cuites dans le même four que le pain. Je suis obligé de limiter à une vingtaine de convives", confie Robert Pongy.
À 19 heures précises, tout le monde passe à table pour un repas partagé où l'on rompt le pain fraîchement cuit. L'ambiance est garantie, les conversations vont bon train, et on raconte notamment la naissance de ce rendez-vous exceptionnel.
Plus qu'une simple cuisson
Ce rituel mensuel dépasse largement la simple fabrication de pain. Il représente un lien social précieux dans une région rurale, une transmission de savoir-faire traditionnel, et une manière de maintenir vivant le patrimoine culinaire local. Pour beaucoup de participants, c'est également l'occasion de découvrir le musée familial de Robert Pongy, ajoutant une dimension culturelle à cette rencontre gastronomique.
Dans un monde où tout va toujours plus vite, le pain des Aigladines rappelle la valeur des traditions simples, du travail manuel et du temps pris pour être ensemble. Un rituel à savourer, au sens propre comme au figuré.



