La maison Ihartze artea à Sare, un trésor d'histoire et d'art basque
Ihartze artea : trésor d'histoire et d'art basque

La revue culturelle basque Jakintza met en lumière un joyau méconnu

La revue culturelle basque Jakintza s'est récemment intéressée au destin singulier de la maison Ihartze artea, une bâtisse labourdine de la fin du XVIe siècle située à Sare. Ce lieu abrite des peintures murales réhabilitées et a joué un rôle crucial en accueillant des réfugiés basques pendant la Guerre d'Espagne. Un patrimoine artistique et politique jusqu'alors méconnu.

Des fresques redécouvertes après des années d'oubli

La différence entre une « croûte » sans intérêt et une fresque à haute valeur patrimoniale peut être mince. Il faut parfois gratter, dans tous les sens du terme. Il y a un quart de siècle, Franck Rigoux s'est astreint à ce fastidieux travail de fouille. Au début des années 2000, cet homme en reconversion professionnelle a acquis la maison Ihartze artea, une immense bâtisse labourdine dans un état calamiteux. Il s'est employé à la rénover pour en faire un « domaine de mariage », aujourd'hui prisé. Sur les murs de la pièce centrale, en partie recouverts d'outils agricoles d'un côté et de fientes de canards de l'autre, trois représentations ont attisé sa curiosité. Il s'est mis en quête de découvrir leur histoire, redonnant vie aux lieux sous le regard dubitatif d'une partie de la population locale : « Au départ, on m'a un peu pris pour Jean de Florette, s'amuse-t-il, sans rancune apparente. Tous les antiquaires sont venus pour les meubles, ils n'ont pas prêté attention aux peintures. » Franck Rigoux était l'un des seuls à croire à la valeur des trois peintures murales.

Attribution aux grands maîtres basques

Porté par son intuition, Franck Rigoux a remporté une première victoire symbolique grâce à un professeur d'histoire de l'art de Saint-Sébastien, Edorta Kortadi Olano. « Il m'a sauvé la vie », s'esclaffe-t-il, quand d'autres « se moquaient » de ses recherches. « Il a reconnu la grande valeur de ces fresques, en les attribuant à Arteta », poursuit-il. Soit Aurelio Arteta Errasti, né en 1879 à Bilbao, mort en 1940, « le plus grand maître basque », s'enthousiasme l'archéologue de l'art régional. Muriel Mauriac et la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) ont bientôt entériné la trouvaille. « Elle m'a dit : 'Un triptyque comme ça, c'est rarissime' ». La maison et ses œuvres sont inscrites au titre des monuments historiques. Un chantier de restauration à 60 000 euros, financé pour moitié par des fonds publics, a réhabilité ces pépites. Quelques années plus tard, Franck Rigoux a appris que ces fresques Art déco ne sont en fait pas signées d'Arteta, mais d'une autre référence de la peinture basque, certes moins connue, Gaspar Montes Iturrioz (Irun 1901-1998), représentant de l'école de la Bidassoa. « Un jour, un monsieur est venu en me disant 'C'est mon père qui les a faites'. » La rectification officielle n'a pas encore été réalisée.

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Les scènes des fêtes de Sare de 1937

Les décorations murales décrivent un sacré pan de l'histoire locale : trois scènes des fêtes de Sare de 1937. Dans le détail : un défilé de txistulari sur la place centrale du village, une makil dantza (danse des bâtons) avec la Rhune et l'Ibantelli en arrière-plan, et une partie de pelote basque (rebot), où l'on reconnaît l'illustre champion Jean Lemoine. Ces fresques racontent surtout, en filigrane, une période singulière de l'histoire du Pays basque : celle de l'exil lors de la Guerre d'Espagne (1936-1939) du premier gouvernement autonome d'Euskadi, reconnu officiellement le 1er octobre 1936. C'est Guy Lalanne qui retranscrit l'histoire des lieux dans le dernier numéro de Jakintza.

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Refuge pour les exilés basques et berceau culturel

Chassés par Franco, les dirigeants basques ont trouvé refuge à Sare, avec de nombreux artistes dans leurs bagages. L'époque était culturellement bouillonnante. Le premier Lehendakari, Juan Antonio Aguirre, avait décidé peu avant le conflit de créer un ensemble de danse et de chant emblématique, Eresoinka, appelé à mener une contre-offensive esthétique à travers le monde. Cette troupe instrumentale, vocale et chorégraphique mixte, restée dans les mémoires, s'est produite à Paris, Londres et Amsterdam. Son voyage pour une longue tournée aux États-Unis a été interrompu en 1939 par la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. C'est au rez-de-chaussée de la maison Ihartze artea, entre les fresques actuelles, que la troupe a peaufiné son spectacle à l'automne 1937. Au sein du chœur, on retrouve quelques noms célèbres, dont Pepita Embil, future mère du chanteur d'opéra Plácido Domingo, ou encore un certain Mariano Eusebio Gonzalez Garcia, venu d'Irun via Hendaye, où sa famille avait fui. Celui qui deviendra Luis Mariano. La Sarako Izarra aurait été créée dans la bâtisse labourdine, en 1936.

Du bois sec à la Sarako Izarra

Le dernier numéro de Jakintza consacre un volet à l'histoire de la maison Ihartze artea, dont la construction date de la fin du XVIe siècle. S'appuyant sur les recherches du linguiste Jean-Baptiste Orpustan, Guy Lalanne relève que la traduction actuelle, « au milieu des fougères », est impropre. Avec le temps, la racine « eiharr (-tze) », signifiant « arbre, bois sec », se serait muée en « ihartze ». En interrogeant les anciens du village, Franck Rigoux a appris que la salle du rez-de-chaussée servait de foyer à la jeunesse saratar au moment où les réfugiés basques sont arrivés. De cette rencontre serait née en 1936 l'association Sarako Izarra, l'étoile de Sare, qui brille encore aujourd'hui. Un dessin sur l'un des murs rappelle cette éclosion.