Exil et catharsis : les ateliers créatifs du musée de Vence
Exil et catharsis : ateliers créatifs au musée de Vence

Au musée de Vence, l'exposition de l'artiste Franta fait émerger des histoires d'exil, intimes et bouleversantes, au travers d'ateliers créatifs. Dix personnes venues de Pologne, d'Ukraine, du Kazakhstan, d'Algérie, de Tunisie, du Sri Lanka ou du Nicaragua participent actuellement à des ateliers de création au musée de Vence. Animés par la photographe d'origine tchèque Elizabeth Choleva, ces rendez-vous s'inscrivent dans le prolongement de l'exposition consacrée à l'artiste français d'origine tchèque, Franta, lui-même contraint à l'exil en 1958. L'objectif : permettre à ces résidents vençois d'explorer leur propre récit de vie et leur identité entre plusieurs cultures à travers l'assemblage de photographies personnelles et de mots.

« Dire ce qu'on ne peut pas exprimer autrement »

Pour Elizabeth Choleva, qui a quitté son pays à l'âge de 10 ans, l'art est un outil de transmission. « Je dis peu de choses de ce que je vis, alors je l'exprime dans mon travail », confie-t-elle. À partir de cette histoire commune, elle offre un cadre à d'autres vies chamboulées, invitant les participants à explorer leur propre récit. Pour elle, l'art devient un langage à part entière qui « permet de dire ce qu'on ne peut pas exprimer autrement ».

Parmi les participants, Kheira, née en Lorraine de parents algériens, il y a 52 ans, explore une identité longtemps restée en suspens : « L'exil de mes parents était un déchirement. Seule la résilience peut la transformer en enrichissement ». Sur le point d'obtenir la nationalité française, elle poursuit : « Je suis très heureuse. Ça ne va rien changer pour les autres mais pour moi, oui, c'est une réparation ».

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Joanna, arrivée de Pologne à 28 ans par goût de l'aventure, évoque le prix de l'intégration. « J'ai peu à peu effacé ce qui me rendait différente, à commencer par la langue. » Linguiste, elle le vit comme un manque. « J'ai du mal à parler ma langue à mes enfants : un échec personnel, raconte-t-elle. J'ai mis une barrière entre eux et moi, celle de la traduction, même si tout ne passe pas par les mots ».

Il y a aussi Heriberto, 76 ans, à Vence depuis 40 ans après avoir fui le Nicaragua et la dictature de Somoza. Ancien professeur d'espagnol, percussionniste et assidu des Nuits du Sud, il porte encore le poids de son histoire. « Je vis ce moment comme une thérapie, une catharsis », se livre-t-il. L'exercice le pousse à « rouvrir des souvenirs enfouis au fond des tiroirs de [sa] mémoire, une démarche difficile et essentielle ».

Au fil des ateliers, les récits se dévoilent, les émotions affleurent. Tanya écrit sa douleur sur sa photo à la frontière ukrainienne lors de son départ précipité. Une autre participante raconte : « Je n'aurais jamais pensé devenir moi-même une réfugiée ». Les mots se posent, les larmes aussi.

« La différence ne doit pas être un obstacle »

La rencontre entre l'histoire de Franta et les parcours de vie est essentielle pour Sandrine Richard, la médiatrice au musée : « On ne mesure pas toujours ce que représente le fait de changer de culture, ici cela prend tout son sens. La différence ne doit pas être un obstacle mais une force ». Elle aborde ce sujet avec les jeunes visiteurs qui découvrent des œuvres difficiles à interpréter. Le dialogue s'impose naturellement : « Les enfants ressentent cette intensité et posent des questions », constate Jean Iborra, le directeur du musée. « C'est notre vocation d'accueillir ces personnes. L'exposition Franta est une opportunité exceptionnelle. Les ateliers offrent des instants puissants d'humanité. »

Renseignements : place du Frêne. Jusqu'au 24 mai. 04.93.58.15.78. Museedevence.fr

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