L'œuvre sera inaugurée le week-end des 30 et 31 mai 2026, lors d'une « joyeuse fête païenne, avec procession, son et lumière et bal public », promet le directeur du théâtre. Elle mesure 12 mètres sur 13, pèse 26 tonnes et repose sur 240 flotteurs. La Maison sur le fleuve – c'est son nom – n'a rien d'une habitation ordinaire. Voici une œuvre monumentale et insolite, posée sur la Charente comme un point d'interrogation dans le paysage à Cognac.
Une création originale
Imaginée par l'Avant-Scène (l'association à la barre du théâtre municipal) et conçue par l'architecte franco-afghan Feda Wardak, la bâtisse a été mise à l'eau le 8 octobre 2025, après de longs mois de travaux en cale sèche. Amarrée à la rive droite, face aux anciens abattoirs, elle s'ouvre bientôt au public, le samedi 30 et le dimanche 31 mai 2026. La Maison sur le fleuve a été imaginée par l'Avant-Scène. L'association gestionnaire du théâtre de Cognac a répondu à une invitation des Affaires culturelles en Nouvelle-Aquitaine à expérimenter de nouvelles formes d'art dans l'espace public.
Avant de détailler le programme de la fête inaugurale, approchons-nous de l'édifice. L'entrelacs de poutres en pin de Corrèze a fière allure. Le douglas compose une élégante tour ajourée dont les quatre étages sont desservis par un escalier couleur rouge royal. Cet escalier déroule une double hélice, comme au château de Chambord. On pense à Léonard de Vinci et à ses inventions ; à François-Ier et à ses citations, dont celle-ci : « La gloire n'appartient pas qu'aux armes, aux lances et aux glaives, l'art lui est même supérieur. »
Visite par groupe de 50
Les quatre étages sont desservis par un escalier à double hélice. L'endroit n'a pas de vocation fixe. « Ce n'est pas un théâtre mais un lieu pour habiter le monde, pas le montrer », dit le directeur de l'Avant-Scène. La bâtisse flottante mesure 12 mètres de haut et pèse 26 tonnes. L'art au cœur de l'espace public, à un tir d'arbalète du château natal du plus célèbre des Valois : voilà la raison d'être du curieux palais flottant, ouvert aux quatre vents.
Un projet né après le Covid
À quoi peut-il bien servir ? Réponse de Stéphane Jouan, le directeur de l'Avant-Scène : « Tant que la question existe, tant que nous pouvons nous la poser, tout va bien ! Le projet est né au lendemain de l'épidémie de Covid, en 2021, lors du plan de relance. Le ministère de la Culture avait affecté des crédits sur l'art dans l'espace public. Notre candidature était légitime. Voilà plus de trente ans que l'Avant-Scène organise Coup de Chauffe… »
Précisons, le festival fut créé dans l'élan festif des 500 ans de la naissance de François-Ier en 1994, toujours lui, mais c'est une autre histoire. Revenons à notre objet flottant non identifié – superbe OFNI dont la fabrication a coûté environ 250 000 euros, somme apportée par l'État, le Département de la Charente, la Région Nouvelle-Aquitaine et la Caisse des dépôts.
Un espace inspirant
« Lors de la mise à l'eau cet automne, nous avons tous été ébahis. Il se passe quelque chose quand on monte sur la plateforme et dans les étages. L'espace est inspirant, presque vibratoire », s'enthousiasme Stéphane Jouan. Le public le vérifiera et l'éprouvera le dimanche 31 mai, de midi à 17 heures, lors de visites en accès libre, par groupe de 50 (jauge maximale de cet équipement recevant du public). « Rendez-vous aux jardins de Saint-Fiacre, où les visiteurs seront invités à pique-niquer ou à goûter. L'accès se fera à pied ou à vélo, par le chemin de halage rive droite, au départ de la place du Solençon », détaille Audrey Amarguellah, directrice de la communication de l'Avant-Scène.
Familial et gratuit
La plateforme (niveau 0) mesure 13 mètres de diamètre. Les étages 1 et 2 devraient bientôt accueillir une machine à dépolluer l'eau du fleuve. La veille, le samedi 30, la fête inaugurale se déroulera rive gauche, en soirée, lors d'une « joyeuse fête païenne, avec procession, son et lumière et bal public », annonce Stéphane Jouan. Le rendez-vous se veut familial et gratuit, à 20 h 30 quai Maurice-Hennessy, au pied de la porte Saint-Jacques. Le cortège en direction des anciens abattoirs sera émaillé des « gestes artistiques » de la comédienne et chanteuse Estelle Meyer, de l'acteur et metteur en scène Jacques Bonnaffé, du contrebassiste slameur Dgiz et des musiciens et danseurs des Cie ATLATL et La Tierce.
L'Avant-Scène promet aussi la présence d'une plasticienne (Cécile Domengie), d'une vidéaste (Sophie Laly) et d'un imprimeur (Laurent Nicolaï), sans préciser la nature des interventions. Il convient de ménager les effets de surprise. Aux anciens abattoirs, le son et lumière « révélera » la Maison sur le fleuve amarrée en face. Puis vers 22 h 30, la nuit sera égayée par les notes pimentées du Bal chaloupé, formation dont les six musiciens mêlent biguine, merengue et rythmes électroniques. La fête a vocation à devenir annuelle, à l'image de cette première célébration.
D'autres visites de la Maison sur le fleuve sont prévues les 5, 6, 7 et 13 juin. Programme détaillé sur avantscene.com. L'étrange objet architectural a été conçu pour flotter au moins dix ans. Il se trouve sur les berges de la Charente à Cognac, rive droite, aux jardins familiaux de Saint-Fiacre.
Une « utopie en action »
L'Avant-Scène présente la Maison sur le fleuve comme un « espace à la fois œuvre et lieu, imaginé sans fonction imposée à l'avance ». L'association gestionnaire du théâtre municipal de Cognac écrit : « L'idée est de ne pas l'enfermer dans des modèles déjà connus. Le projet se veut une utopie en action. Elle sert de point de départ pour se demander comment mieux vivre sur le fleuve et vivre une relation pacifiée avec le milieu. » La Maison sur le fleuve à Cognac a été construite en pin de Corrèze (espèce douglas) par les charpentiers locaux Joseph Peeters et Florian Gaonach.



