Angoulême 1858 : un jour historique pour la pose de la première pierre de l'hôtel de ville
Ce dimanche 15 août 1858, jour de la Saint-Napoléon, fête nationale sous le Second Empire, Angoulême se pare de ses plus beaux atours. Devant l'ancien château des Valois, l'histoire convoque un maire, un architecte, et une cérémonie grandiose qui marque le début de la construction de l'hôtel de ville. Alors que, de nos jours, 387 candidats briguent les élections municipales d'Angoulême en 2026, avec 9 listes en lice pour un premier tour record, retour sur un événement fondateur.
Une cérémonie fastueuse sous l'œil de l'Empire
Au sommet du donjon des Lusignan, une immense bannière tricolore claque au vent. Des tribunes ornées d'aigles impériaux et d'écussons aux armes de la ville accueillent plus de 600 personnes, dont de nombreuses dames en toilettes fraîches et des hommes cherchant une place, comme le rapporte le journal Le Charentais. À midi, un Te Deum résonne en la cathédrale Saint-Pierre, suivi à 13 heures par des coups de canon et des roulements de tambour, inaugurant la cérémonie.
Les officiels, menés par le préfet Chadenet, le général De Margadel et l'évêque Cousseau, se pressent derrière le maire François-Léon Bourrut-Duvivier et ses adjoints. Parmi eux, l'architecte Paul Abadie fils, âgé de 45 ans, pas encore au faîte de sa gloire future avec la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.
Paul Abadie : un architecte visionnaire pour un projet éclectique
Paul Abadie, formé auprès de Viollet-le-Duc sur le chantier de Notre-Dame de Paris, est connu pour ses restaurations audacieuses et coûteuses. Pour l'hôtel de ville d'Angoulême, il imagine un édifice doté d'un haut beffroi, inspiré du Nord de la France, nécessitant la démolition de la plupart des vestiges du château comtal, à l'exception du corps de logis des Valois, du donjon du XIIIe siècle et de la tour ronde du XVe siècle.
Son projet, d'un éclectisme remarquable mêlant des influences gothiques anglaises, est décrit par Pierre Cazenave, conservateur régional des monuments historiques en 2013, comme « une œuvre totale, exceptionnelle et unique en France ». Abadie a tout dessiné, jusqu'aux poignées de porte, créant une mise en scène du pouvoir pour la France bourgeoise du Second Empire et de la IIIe République.
La cérémonie en détail : discours, poésie et symboles
Le maire Bourrut-Duvivier prononce un discours emphatique : « Le luxe dans les maisons est un danger, dans les monuments publics, c'est un devoir ! ». Après les vivats de la foule et la bénédiction de l'évêque, le bibliothécaire Eusèbe Castaigne déclame une ode enflammée à Angoulême.
Puis, le maire s'avance vers la première pierre. Un procès-verbal de la cérémonie et une pièce d'or à l'effigie de Napoléon III sont déposés dans une cavité. L'architecte remet au maire une magnifique truelle en vermeil, ciselée et incrustée, avec un manche en ivoire. Après avoir appliqué du mortier, le maire lance des cris de « Vive l'Empereur ! », clôturant la cérémonie.
Un chantier colossal et une anecdote volée
Le devis initial s'élève à 375 373 francs, mais à l'inauguration le 28 mai 1868, le coût dépasse le million. Une anecdote piquante survient au lendemain de la cérémonie : un voleur descelle la première pierre et dérobe la précieuse pièce d'or à l'effigie de Napoléon III, un incident rapporté par Le Charentais.
Ce récit historique, plongeant dans les archives, rappelle comment Angoulême a bâti son symbole municipal, un édifice classé en 2013, tandis qu'aujourd'hui, les élections municipales de 2026 voient affluer les candidats rêvant de siéger dans ces murs chargés d'histoire.



