Airbus s'empare d'un joyau historique à Rochefort pour son développement
Le conflit entre préservation du patrimoine et expansion industrielle se manifeste une nouvelle fois à Rochefort. Après avoir recouvert les vestiges d'un ancien bagne, le géant aéronautique Airbus va acquérir la poudrière de l'Avant-Garde, propriété de l'Agglomération de Rochefort. Ce bâtiment historique, construit entre 1681 et 1687, représente un témoignage précieux de l'arsenal de la ville.
Trois poudrières, un destin différent
Rochefort compte trois magasins à poudre historiques. Le premier, situé rue de la Vieille Forme, est devenu une salle municipale pour concerts. Le second, abritant le conservatoire de musique et de danse, est l'un des édifices les plus anciens de la ville. Ces deux bâtiments restent sous la gestion municipale. Le troisième, plus modeste, est la poudrière de l'Avant-Garde aux Fourriers, qui va passer dans les mains d'Airbus.
Un projet qui presse pour l'avionneur
Lors du dernier conseil communautaire avant les élections municipales, la vice-présidente de l'Agglo, Sylvie Marcilly, a présenté le dossier. « Airbus souhaite améliorer l'organisation de l'accueil des visiteurs », a-t-elle expliqué. Le projet prévoit la création d'un second point d'accueil du public en s'appuyant sur l'ancienne chapelle et les espaces contigus.
L'urgence est manifeste : Airbus a obtenu l'autorisation de déposer une demande de permis de construire de manière anticipée pour ne pas retarder son calendrier. L'autorisation, votée à l'unanimité le 5 février, est précaire et révocable, mais la vente devrait idéalement intervenir dans quatre mois.
Un bâtiment chargé d'histoire
Heureusement, cette poudrière bénéficie d'une protection patrimoniale, contrairement aux vestiges du bagne engloutis sous les halls d'Airbus. Édifiée pour remplacer la poudrière du Martrou jugée trop dangereuse, elle pouvait stocker 150 000 livres de poudre. En 1768, le petit magasin associé explosa après avoir été frappé par la foudre, nécessitant une restauration en 1822 qui raccourcit sa longueur de moitié.
Au XIXe siècle, une partie du mur de clôture fut abattue pour le passage d'une voie ferrée. Aujourd'hui, c'est pour l'aviation que ce bâtiment sera cédé. Airbus assumera les frais des études préalables, et le projet devrait respecter l'architecture du petit édifice, contrairement aux halls métalliques récents peu imaginatifs.
Un changement de perspective politique
Il y a vingt ans, la municipalité socialiste de Bernard Grasset envisageait de créer un musée dans cette chapelle pour expliquer l'histoire de l'arsenal. Aujourd'hui, l'Agglo présidée par Hervé Blanché (LR) privilégie le développement économique. Cette décision illustre les différentes sensibilités politiques face à l'équilibre entre patrimoine et industrie.



