Dans les archives : le triomphe tauromachique de Diego Puerta à Séville en 1968
Le 26 avril 1968 restera à jamais gravé dans les annales de la tauromachie espagnole. En pleine Feria de Séville, Diego Puerta a inscrit son nom en lettres d'or dans l'histoire des arènes sévillanes, offrant une performance d'exception face aux redoutables taureaux du marquis de Domecq.
Une journée orageuse et une plaza archicomble
Par une journée particulièrement orageuse, les gradins des arènes de Séville étaient remplis à craquer. Les spectateurs, venus en masse, assistaient à un événement qui allait devenir légendaire. Les toros du marquis de Domecq, d'une moyenne impressionnante de 504 kg, se sont montrés remarquablement braves dès le début.
Ces animaux, convenablement armés, ont chargé les picadors avec une impétuosité rare, pour terminer nobles dans leur grande majorité, tout en conservant une ardeur et une résistance exceptionnelles. Seul le premier taureau a fait exception à cette règle.
La confrontation historique : Puerta contre Ordóñez
La compétition entre les deux maestros fut véritablement inoubliable. D'un côté, Antonio Ordóñez représentait le style classique, sérieux et pur de l'école de Ronda. De l'autre, Diego Puerta incarnait le style éblouissant et scintillant de l'école sévillane.
C'est finalement Puerta qui devait l'emporter, ajoutant à son art une dose considérable de courage et une variété impressionnante dans toutes ses actions. Face à un public en délire, il a dessiné avec alegria devant son premier adversaire des véroniques stupéfiantes et de fines chicuelinas.
Le triomphe technique de Diego Puerta
Sa faena fut à la fois légère et colorée, aussi bien exécutée de la droite que de la gauche. Il a couronné cette performance par une estocade jusqu'aux doigts qui lui a valu une ovation immense, deux oreilles, la queue et deux tours de piste.
Face au cinquième taureau, plus nerveux et dangereux, le mérite de Diego Puerta fut encore plus grand. L'animal devenant progressivement plus agressif, le torero a dû faire preuve d'une maîtrise technique exceptionnelle, terminant par trois voyages avec l'épée et un tour de piste supplémentaire.
La performance contrastée d'Antonio Ordóñez
Si Ordóñez n'a pu exploiter pleinement la noblesse du premier toro, un peu faible des pattes, il s'est montré sublime face au quatrième animal. Ce taureau, également maniable mais particulièrement résistant, a inspiré au maestro une faena d'une extrême lenteur et d'une pureté cristalline.
Après deux tentatives de citation al recibir sans succès, il a finalement achevé le taureau d'une estocade tombée, lui valant une oreille et deux tours de piste en compagnie de Diego Puerta.
L'échec retentissant de Curro Romero
En contraste total avec les performances des deux maestros, Curro Romero a connu sa troisième déconvenue consécutive. Le torero s'est montré absolument nul, froussard et a affiché une scandaleuse désinvolture qui lui a valu deux broncas parfaitement méritées de la part du public sévillan.
Cet événement historique, documenté dans les archives du journal Sud Ouest dès le 27 avril 1968, témoigne de la richesse du patrimoine tauromachique andalou et de ces moments qui ont marqué la mémoire collective de toute une région.



