Rimbaud en morceaux : une claque punk au Tel Quel à Nîmes
Rimbaud en morceaux : une claque punk au Tel Quel

Le Tel Quel théâtre de Nîmes accueille ce week-end un spectacle qui promet de secouer les habitudes : Rimbaud en morceaux, une création de la Cie Beau Parleur menée par Jean-François Homo, accompagné du musicien Manu Waffler. Le duo y livre une lecture résolument contemporaine de l’œuvre du poète aux semelles de vent, entre pop rock et électro.

Une résidence créative au Tel Quel

Après une résidence sur place, Jean-François Homo et Manu Waffler ont peaufiné ce spectacle poétique et musical. La bande-son, composée par Baptiste Homo, alterne les ambiances pop rock et électro, enregistrées en amont au studio de la Tour Magne. Sur scène, la guitare de Manu Waffler vient se greffer sur cette base avec un esprit blues rock assumé.

Le dispositif scénique est volontairement épuré : pas de décor, seulement un livre, une gourde et un portrait de Rimbaud. Dans ce dénuement, les mots prennent toute leur place. Les artistes traversent la carrière fulgurante du poète, des premiers poèmes écrits à 15 ou 16 ans jusqu’à Une saison en enfer, en passant par l’incontournable Bateau Ivre. La musique s’adapte aux différentes ambiances, devenant même délirante pour accompagner les derniers vers.

Un adolescent universel et provocateur

Jean-François Homo, adepte des écrivains de la Beat Generation et déjà auteur d’un spectacle sur François Villon, se reconnaît dans ce poète rebelle qui « prend la route ». Manu Waffler, qui a découvert Rimbaud au lycée, compare le poète à une figure tutélaire : « C’est comme un grand-père, comme Robert Johnson pour le blues ou Chuck Berry pour le rock, tu ne l’écoutes pas tous les jours, mais tu sais qu’il est là. »

Le musicien voit dans les vers de Rimbaud « des percussions explosives » qui donnent une « bonne claque punk ». Car le poète est aussi un provocateur, « un adolescent universel » qui tire sur tout ce qui bouge avec une étonnante maturité. Jean-François Homo s’amuse d’ailleurs : « Il devait être invivable. Je n’aurais pas pu le supporter. » Le spectacle parsème quelques correspondances, dont des lettres assassines sur sa mère ou sur Charleville.

Le contexte historique au cœur de la révolte

Jean-François Homo rappelle l’importance du contexte historique pour comprendre la révolte de Rimbaud. « Quand il fugue à 16 ans, la France est en guerre. Charleville a été bombardée en 1870, il a traversé les lignes ennemies pour aller à Charleroi où il écrit Le Cabaret vert », explique l’artiste, qui évoque aussi la Commune de Paris. Il précise : « Les yeux horribles des pontons au dernier vers du Bateau Ivre, ce sont les yeux des communards rescapés de la semaine sanglante. Il y a eu 20 000 morts et 40 000 prisonniers. Les prisons étaient tellement pleines qu’on a mis les prisonniers sur les pontons des bateaux dans les ports, avant de les déporter. »

Sans se faire professeurs ni tomber dans la rétrospective, les artistes cherchent surtout à « faire vivre » la poésie de Rimbaud sur scène. Le spectacle est proposé vendredi 9 octobre à 20 h et samedi 10 octobre à 17 h 30 au Tel Quel théâtre, 186 rue Edmond-Carrière à Nîmes. Les tarifs sont de 12 €, 8 € et 5 €. Renseignements et réservations au 04 66 29 13 25.