Les Printemps du monde : embarquez pour trois jours hors du temps et un tour du monde musical depuis Correns
Du 22 au 24 mai, l'association Le Chantier invite à faire un tour du monde musical à la découverte de traditions anciennes, souvent méconnues, qui continuent pourtant de se transmettre et de se réinventer.
Tous les festivals ont leur identité, leur public, leur petit supplément d'âme. À Correns, au cœur de la Provence verte, il existe un festival qui invite aux voyages, qui promet le dépaysement, qui assure à la fois une déconnexion du quotidien et une reconnexion à la tradition, aux traditions d'ici et d'ailleurs. Le festival Les Printemps du monde, c'est « une parenthèse enchantée », aime à dire Frank Tenaille, programmateur artistique de l'association Le Chantier. À Correns, donc, pendant trois jours et trois nuits (du 22 au 24 mai) entre le fort Gibron du XIIe siècle et la salle de La Fraternelle, des ruelles du village au théâtre de Verdure, les musiques du monde se jouent, se chantent, s'écoutent et se mélangent, se dansent aussi.
Créations et restitutions
Ils se sont préparés pendant des semaines avec leur professeur de musique Christian Locquet. Les élèves de 5e 7 du collège Paul-Cézanne seront les premiers à monter sur scène vendredi 22 mai. Ils assureront la première partie de Koskina Trio. Ce n'est pas un hasard si les collégiens et le groupe vont partager les planches de La Fraternelle ce soir-là. Le travail présenté est le fruit de mois de rencontres et de collaborations artistiques avec Julie Lobato, chanteuse et percussionniste de Koskina Trio. Elle intervenait dans le cadre du dispositif la Fabrique à musique. Julie Lobato a fait voyager les élèves en Asie Mineure, dans les sillons d'Anatolie. Son travail est basé sur le collectage de musique, de chants, de poèmes. Des enregistrements pour permettre à la culture orale de se transmettre et de passer les frontières. À leur tour, les adolescents sont allés collecter un bout de leur histoire familiale. C'est tout ce travail de création, une restitution de plusieurs semaines de réflexions et de découvertes que les collégiens vont présenter, accompagnés par les musiciens de Koskina Trio. Ce sera même une double restitution car le groupe sortira tout juste de quatre jours de résidence au Chantier. La soirée se poursuivra avec DJ Milena, aux manettes d'un « bal électropical ».
Une centaine d'enfants sur scène
Le lendemain en soirée, Le Chantier réinvestit le théâtre de Verdure avec un concert pédagogique. Une centaine d'enfants des écoles de Carcès et de Correns seront sur scène dès 20 heures. Là aussi, il s'agit de la restitution d'un long travail avec les professeurs et les artistes dans le cadre de l'action culturelle : Minots en scène. Destination cette fois : l'océan Indien. Ahamada Smis, multi-instrumentiste et slameur, Christophe Isselée à la guitare et à l'oud – instrument voisin du luth – Uli Wolter à la flûte traversière et au saxophone, feront découvrir la musique et les instruments traditionnels de l'archipel des Comores. Leur album Origines emprunte à ces différentes cultures, fruit de leur itinérance de Mayotte et Anjouan à Zanzibar en passant par La Réunion. Deux balètis suivront. Le premier, toujours au théâtre de Verdure avec le duo Bourry Rouch et une balade à travers l'Occitanie, le second, plus intimiste mais véritable rendez-vous pour les amateurs de danses collectives et de valses tournoyantes, à la Fraternelle avec Noémie. Dimanche, il sera aussi question de danse, de musique électro et de jazz, de tradition de l'Amérique du Sud à l'Europe, d'un pont entre le Moyen Âge et « un futur qu'on imagine heureux ».
« Une bataille pour le spectacle vivant »
Un futur heureux, c'est bien ce qu'espère Frank Tenaille parce que les difficultés pour maintenir « la philosophie de notre travail et la diversité » sont, elles, bien présentes. « C'est une bataille pour le spectacle vivant. Et les spectateurs sont acteurs. Le festival, c'est pour eux. L'émotion que les spectateurs ressentent, ils repartent avec. Elle leur appartient. C'est tout l'enjeu de venir dans un festival. » Les Printemps du monde sont un peu plus que trois jours de musique. Le festival vient clore la saison de l'association qui, toute l'année, déploie des actions culturelles pour attiser la curiosité, l'esprit d'ouverture des plus jeunes, en mettant l'art et les artistes au cœur d'une pédagogie active. Aussi, si Le Chantier rayonne sur le territoire, il prend bel et bien sa source à Correns. D'ailleurs, la chorale a retrouvé son « chœur » et l'association son vivier de bénévoles. Ils sont une quarantaine d'amateurs à suivre Sylvia Auclair. MezzeM « c'est toutes les couleurs du monde, glisse Laurent Sondag, chargé des actions culturelles et de la communication. Sylvia Auclair réussit une mise en harmonie humaine et musicale. » À découvrir samedi.
Quatre intermèdes
Sortir des sentiers battus, c'est aller là où on ne va pas d'habitude. Ce pas de côté, Le Chantier invite à le faire en musique tous les ans au printemps. Pour sa 29e édition et puisque l'association aime créer la surprise, quatre rendez-vous sont proposés pour sortir de l'ordinaire dont trois en accès libre. Samedi 23 mai, un atelier d'initiation à la dabkeh, danse syrienne inscrite au patrimoine de l'Unesco, sera animé par Wadee Alkhouri, danseur professionnel, rappeur et slameur syrien (de 10 h à 12 h, 10 euros). Pour prolonger le voyage jusque dans l'assiette, le bar du village, La Petite Corrensoise servira un repas syrien. Il faudra ensuite rejoindre Aurélie Robles, cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Provence verte Verdon, pour la suivre en balade commentée, à la découverte du patrimoine et de l'histoire de Correns. Le départ est prévu à 14 h 30 du fort Gibron pour un retour à 16 heures. Juste à temps pour profiter d'une halte musicale au bar à La Petite Corrensoise à 16 h 30. Deux cafés-concerts sont programmés, samedi, donc, et dimanche à la même heure. L'expérience a eu son petit succès l'année dernière, alors Frank Tenaille renouvelle sa sieste musicale, dimanche, à l'ombre des arbres du centre d'art contemporain de Châteauvert. Il présentera des extraits musicaux qui racontent un bout d'histoire de peuples et de pays aujourd'hui sous le feu de l'actualité. « L'environnement géopolitique est délétère donc c'est l'occasion de rappeler que la musique a un sens patrimonial pour cultiver le principe de l'espérance. » Le temps d'un week-end, « du matin au soir, il y a de quoi se nourrir, découvrir d'autres manières de faire, de vivre, d'habiter la Terre », ajoute-t-il. Et c'est à Correns que ça se passe.



