L'orchestre Alain Vignau fête ses 40 ans dans un contexte difficile pour le musette
Orchestre Alain Vignau : 40 ans de musette malgré les défis

Quarante années de musique et de passion pour l'orchestre Alain Vignau

L'orchestre lot-et-garonnais Alain Vignau célèbre cette année un anniversaire remarquable : quarante années d'existence musicale. Cette formation, qui a accompagné des milliers de pas de bourrée, de valses et de tangos, soufflera ses quarante bougies en octobre prochain, marquant ainsi quatre décennies de dévouement à la musique traditionnelle.

Un duo historique au cœur de l'orchestre

Depuis ses débuts, l'orchestre peut compter sur un duo constant : Alain Vignau lui-même à l'accordéon et Daniel Bouchon au chant. Ce dernier, âgé de 65 ans, démontre une polyvalence impressionnante en maîtrisant également le clavier, la guitare et le saxophone. « Le batteur a régulièrement changé au fil des années », précise Alain Vignau, soulignant ainsi la stabilité du noyau central de la formation.

La carrière musicale de ces artistes s'est construite parallèlement à leurs vies professionnelles respectives. Alain Vignau a travaillé pendant quarante-deux ans au sein de l'entreprise Creuzet à Marmande, tandis que son acolyte Daniel Bouchon exerçait le métier de menuisier. « C'était parfois difficile de tout concilier », reconnaît le chef d'orchestre. « De 1995 à 1997, période à laquelle on jouait le plus intensément, nous pouvions atteindre jusqu'à 120 dates par an. Le sommeil était alors une denrée rare. »

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L'évolution géographique des prestations

L'orchestre a connu une période faste où il se produisait dans tout le Sud-Ouest de la France. « Nous descendions jusque dans les Pyrénées, nous allions dans le Gers, dans les Landes, le Lot, en Gironde et parfois même jusqu'à Limoges », se souvient Alain Vignau avec une pointe de nostalgie. Aujourd'hui, le rythme s'est considérablement ralenti avec environ trente dates annuelles, principalement concentrées dans le Lot-et-Garonne et les départements voisins de la Gironde, du Gers et des Landes.

« Nous ne donnons plus deux représentations par week-end comme nous pouvions le faire autrefois, notamment pour le réveillon du 31 décembre et le lendemain pour le Nouvel An », constate le musicien. À 73 ans, Alain Vignau reste cependant en forme et passionné par son art.

Le contexte difficile du bal musette

La célébration de cet anniversaire intervient dans un contexte particulièrement morose pour le bal musette, qui disparaît progressivement des programmes de festivités. « Après des années fastes, la crise de la quarantaine rattrape aussi les bals musette », observe Alain Vignau. Cette évolution a commencé avec l'arrivée des écoles de danse et l'émergence de danseurs toujours plus exigeants.

« Ceux qui restent au milieu de la piste, qui la monopolisent et qui bousculent les autres. J'ai assisté à quelques situations de conflit », témoigne le musicien. Lui préfère les danseurs qui ont appris à danser « naturellement et sans manières », à l'image de son propre apprentissage musical qu'il a réalisé en autodidacte.

Un parcours musical remarquable

Alain Vignau a découvert l'accordéon à l'âge de 12 ou 13 ans avant de débuter les bals avec un petit groupe à la Maison des jeunes à 17 ans. Élève de Loris Capelli, il a reçu de son mentor l'amour de l'accordéon. « Petit à petit, j'ai joué avec plusieurs orchestres. Et j'ai intégré la fanfare de l'armée durant mon service militaire dans le quartier Nansouty de Bordeaux. Je jouais pour les bals des officiers. Y a pire, comme service militaire ! »

L'évolution des attentes du public

Le septuagénaire doit aujourd'hui composer avec une petite musique persistante qui affirme que le musette serait désuet. « Tout a changé, même la mentalité des danseurs. S'ils pouvaient faire les répertoires à notre place, ils les feraient. Ils veulent plus de danses en ligne. Moi, j'en fais quelques-unes », explique-t-il.

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Les danseurs contemporains réclament également des morceaux « plus modernes ». « Certains orchestres sont prêts à changer leurs morceaux pour faire plaisir, ou pour décrocher à tout prix une date. Moi, ce n'est pas ma philosophie », affirme avec conviction Alain Vignau. « Nous faisons du rétro-musette et un peu de variété pour nous adapter aux envies de ceux qui ont 70 ans aujourd'hui et qui souhaitent retrouver la musique de leurs 20 ans. Nous ne jouons que ce que nous maîtrisons. C'est notre ADN. »

Cette approche authentique porte parfois ses fruits : « Les gens nous disent qu'ils sont contents d'entendre des choses qui ne sont quasiment plus jouées », se réjouit le musicien.

La diminution des occasions de jouer

Au-delà de l'évolution du public, l'orchestre doit faire face à une diminution significative des organisateurs et des fêtes de village. « De juin jusqu'à septembre, nous avions toujours un bal le week-end. C'est fini, tout ça », constate amèrement Alain Vignau. Malgré ce contexte difficile, l'ensemble Vignau continue de tenir la note avec persévérance.

Fait remarquable, l'orchestre fonctionne sans répétitions régulières. « Nous n'avons répété qu'une seule fois ces dernières années, durant la crise du Covid. Il fallait bien reprendre quelques morceaux après dix-huit mois de pause. Sinon, c'est comme le vélo, rien ne se perd », explique le chef d'orchestre. En cas d'ajout d'un nouveau titre au répertoire, « nous le faisons juste avant le bal, cela suffit ».

La passion du matériel et des traditions

Alain Vignau, puriste de l'accordéon et profondément attaché aux traditions, cultive également une passion pour le matériel scénique. Bien que l'orchestre évolue en trio, le chef ne goûte guère aux scènes peu décorées. « Avant chaque représentation, je suis sur place à 10 heures pour tout installer. Je ne l'impose pas aux autres musiciens, car c'est l'une de mes passions », confie-t-il.

Ce « Géo Trouvetou » de la musique installe ainsi des spots et des luminaires qu'il a lui-même fabriqués à partir de matériaux divers, notamment du fil de fer à repasser ou des boîtes de conserve. « J'ai même ajouté une rangée à mes accordéons. Il y en a normalement cinq », révèle l'artiste. Alain Vignau retape également les claviers et a commencé la trompette à l'âge de 40 ans. « Il n'y a au final que le chant que je n'ai pas osé », admet-il avec humour, avant d'ajouter : « Il n'est jamais trop tard… »

À travers ces quarante années d'existence, l'orchestre Alain Vignau incarne la résilience d'une tradition musicale face aux évolutions sociétales. Malgré les défis et la diminution des occasions de se produire, cette formation continue de porter haut les couleurs du musette avec authenticité et passion, témoignant ainsi de la vitalité persistante de ce patrimoine culturel régional.