La scénariste et réalisatrice Noémie Saglio, créatrice des séries « Plan Cœur » et « Connasse », était l'invitée de Canneseries lors des rencontres professionnelles. Elle y a partagé les coulisses de son métier et la façon dont la création permanente imprègne sa vie.
Un quotidien entre projets et production
Noémie Saglio, qui a récemment tourné le film Netflix « Nice Girls » à Nice, a expliqué comment elle vit l'entre-deux-projets : « C'est hyperstressant mais je suis dans une période très intéressante que j'adore, je viens de monter une boîte de production, donc je développe des nouveaux talents d'écriture. J'écris en permanence. » Elle ajoute : « Dans ce métier, tu ne peux jamais te sentir arrivée. On est obligé de garder une humilité folle parce qu'on est tout le temps en train d'essayer de revendre un truc. »
Actuellement, elle travaille sur six ou sept projets personnels, dont des longs-métrages et des séries, tout en accompagnant de jeunes auteurs. Elle précise : « Je n'écris rien à la main, alors que j'étais très attachée à l'écriture manuelle au départ. J'ai retrouvé des carnets de mes premiers projets, c'est drôle. »
Un processus créatif sans répit
Interrogée sur les temps de repos, elle répond : « Non, on est tout le temps avec nos personnages dans notre tête. L'écriture, la plupart du temps, tu n'écris pas. J'écris dans ma tête, en marchant. Ça mature tout le temps. Et tout d'un coup, tu poses les idées sur le papier. »
Quant au déclic pour se lancer sur un projet, elle explique : « En ce moment, on transforme souvent les projets : une série en film ou inversement. L'idée de départ, c'est que ton personnage ait une problématique que tu puisses développer. Si je ne peux pas le faire à l'écran, je vais essayer de le décliner en podcast ou en pièce de théâtre. Il faut être flexible. »
Patience et résilience
Le moment le plus satisfaisant ? « C'est l'écriture. J'adore vraiment écrire. Mais il faut s'armer de patience : parfois entre l'idée de départ et la finalité, il peut se passer sept ans, dix ans. »
Pour rester zen, elle pratique le bouddhisme : « Cela a sauvé ma vie d'artiste. Il faut garder une petite flamme intérieure. » Elle évoque un échec récent : « J'ai fait un énorme bide avec le film Natacha (presque) hôtesse de l'air. Tu te demandes ce que tu as raté. C'est long de se remettre de ça. »
Le succès et l'échec
À propos de « Connasse », elle se souvient : « On n'a eu que des critiques affreuses à l'époque. Aujourd'hui, on en parle positivement. Les gens ont la mémoire courte ! Quand le film est sorti, personne ne s'y intéressait. On a fait l'affiche nous-mêmes, monté la bande-annonce. On a fait plus d'un million d'entrées et Camille Cottin a été nommée aux César. Et pourtant, on s'est maquillés chez Sephora avec un mascara acheté. »
Elle conclut : « Le succès ne te rend pas beaucoup plus joyeux que l'échec. Avec Connasse, je ne l'ai pas senti, mais tu avances et ça te donne envie de repartir en écriture. »



