La légende ghanéenne du highlife, Ebo Taylor, guitariste, compositeur et chef d'orchestre, est décédée samedi 7 février, à l'âge de 90 ans. Sa mort survient le lendemain du lancement du festival de musique portant son nom à Accra, et un mois après la célébration de son anniversaire. Avec une carrière s'étalant sur six décennies, Taylor a joué un rôle majeur dans le façonnement de la musique populaire moderne en Afrique de l'Ouest, laissant un héritage musical profond et durable.
Un style musical reconnu par l'Unesco
Le highlife, style musical associé à Ebo Taylor, mélange des rythmes traditionnels africains, du jazz et des influences caribéennes, créant un son dansant et mélodique. Le 10 décembre, il a été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco, marquant une reconnaissance internationale majeure pour cette tradition musicale influente d'Afrique de l'Ouest. Cette inscription souligne l'importance culturelle et historique du highlife, dont Taylor était l'un des plus éminents ambassadeurs.
Une influence musicale étendue
L'influence d'Ebo Taylor dépassait largement les frontières du Ghana. Des éléments de sa musique ont été intégrés dans des enregistrements de soul, de jazz, de hip-hop et d'afrobeat, genres qui dominent aujourd'hui les charts africains et mondiaux. Né Deroy Taylor en 1936 à Cape Coast, il a commencé sa carrière dans les années 1950, période où le highlife s'imposait comme le son dominant au Ghana après l'indépendance. Connu pour ses lignes de guitare complexes et ses riches arrangements de cuivres, il a joué avec des groupes renommés comme les Stargazers et le Broadway Dance Band.
Échanges déterminants avec Fela Kuti
Au début des années 1960, Taylor s'est rendu à Londres pour étudier la musique, où il a collaboré avec d'autres musiciens africains, dont le pionnier nigérian Fela Kuti. Les échanges d'idées entre ces deux figures ont été cruciaux pour le développement de l'afrobeat, un genre fusionnant le highlife avec le funk, le jazz et la soul politique. Cette collaboration a marqué un tournant dans l'évolution de la musique africaine, renforçant l'impact de Taylor sur la scène internationale.
Carrière de producteur et d'arrangeur
De retour au Ghana, Ebo Taylor est devenu l'un des arrangeurs et producteurs les plus recherchés du pays. Il a travaillé avec des stars telles que Pat Thomas et CK Mann, tout en dirigeant ses propres groupes. Ses compositions, comme Love and Death, Heaven, Odofo Nyi Akyiri Biara et Appia Kwa Bridge, ont connu un regain d'attention internationale des décennies plus tard, grâce à des rééditions par des DJ et des labels. Ses grooves ont été samplés par des artistes hip-hop et R&B, contribuant à populariser le highlife ghanéen auprès d'un nouveau public mondial.
Hommages et héritage
Taylor a continué à tourner jusqu'à ses 80 ans, se produisant en Europe et aux États-Unis, consolidant son statut de figure culte pour les nouvelles générations. Pour beaucoup, il restait un symbole de l'âge d'or du highlife et d'une génération qui a porté la musique ghanéenne sur la scène mondiale. Depuis l'annonce de son décès, les hommages affluent du monde de la musique. Le collectif Jazz Is Dead, basé à Los Angeles, l'a qualifié de pionnier et l'un des pères de l'afrobeat et du highlife. La star ghanéenne de dancehall Stonebwoy a rendu hommage au vétéran, tandis que le producteur américain Adrian Younge a exprimé sa gratitude d'avoir pu le voir en concert. L'écrivain nigérian Dami Ajayi l'a salué comme un maestro du highlife, un arrangeur extraordinaire et un guitariste fantastique. Affectueusement surnommé Oncle Ebo par ses fans, ce nom reflétait sa longévité et son rôle de mentor auprès des jeunes artistes, laissant un héritage qui continue d'inspirer.