Hugues Aufray, 96 ans, en concert à Montpellier : « Je suis heureux d’être rentré dans la tradition »
Hugues Aufray, 96 ans, en concert à Montpellier

Hugues Aufray, 96 ans, en concert à Montpellier : « Je suis heureux d’être rentré dans la tradition »

À 96 ans, le chanteur et conteur Hugues Aufray reste fidèle à sa guitare et à sa tignasse blanche. Il s’est engagé dans une nouvelle tournée baptisée « En balade », qui le mènera notamment au Corum de Montpellier le 14 février prochain. Dans un entretien exclusif, l’artiste revendique un héritage folk transmis de génération en génération, entre classiques intemporels et découvertes méconnues.

L’énergie d’un oiseau qui chante jusqu’au bout

À 96 ans, qu’est-ce qui vous donne encore l’énergie d’être en tournée ? Et si vous demandiez à un oiseau pourquoi il continue de chanter alors qu’il est déjà vieux ? Voilà, c’est pareil, il ne s’arrête pas. Un chien aboie jusqu’au bout, et puis voilà, c’est normal, c’est naturel.

Cette tournée s’appelle « En balade », est-ce une manière de dire que vous êtes aujourd’hui plus un conteur qu’un performeur ? J’ai toujours été plus un conteur qu’un performeur. Je ne sais pas très bien ce que ça veut dire, performeur, ça dépend. Aux États-Unis, ça a des sens assez général. Mais être un virtuose de la guitare, non, je ne suis pas un virtuose. Un virtuose de la voix ? non plus. Je suis quelqu’un qui voulait être sculpteur, qui voulait être peintre, et à qui le destin a ouvert une voie dans la musique, et c’est ça que j’ai suivi.

Le Petit Âne Gris, une chanson que Brassens aurait aimé écrire

Il y a les chansons qu’on attend forcément, Santiano, Céline, Adieu Monsieur le Professeur, mais il y a celles que vous préférez, ce sont lesquelles ? Si il faut en choisir une, je choisis celle que Brassens aimait de mon répertoire, au point qu’il avait confié à son secrétaire : « J’aurais bien aimé écrire cette chanson ». C’est le fameux Petit Âne Gris, auquel j’ai rajouté maintenant un couplet complémentaire.

Comme on me signalait que cette chanson faisait pleurer les enfants, j’ai décidé de ne pas les faire pleurer – je les fais déjà assez pleurer avec Céline ou Adieu Monsieur le Professeur, alors ça suffit. Donc le Petit Âne Gris, maintenant, il est ressuscité à la fin, et il revient chaque année à Noël pour réchauffer l’enfant Jésus.

Les temps changent : l’héritage de Bob Dylan

Est-ce qu’il y a une chanson que vous ne chantiez pas avant et qui a pris une nouvelle importance avec l’âge ? Il y en a une que je chantais il y a 40 ans, qui s’appelle Les temps changent. C’est une traduction de The Times They Are A-Changin', donc c’est une chanson de Bob Dylan. Vous savez que j’ai traduit Bob Dylan du mieux que j’ai pu. Je ne me suis pas contenté de traduire mot à mot, ce qui n’aurait eu aucun sens, mais de traduire le message. Le message, c’est que les temps changent. Dylan était non seulement un poète, mais un prophète.

Qu’est-ce que cela vous procure de voir vos chansons traverser les générations ? C’était ça mon objectif quand j’ai commencé. Puisque je ne voulais pas être chanteur à l’origine, je me disais : moi j’aime le folklore. Qu’est-ce qui caractérise le folklore ? C’est qu’il se transmet de génération en génération. Donc je suis heureux d’être rentré dans la tradition.

Un monde en post-histoire et un spectacle équilibré

Après 60 ans de carrière, est-ce que le monde vous semble plus inquiet ou plus libre qu’avant ? Moi, il me semble plus libre qu’avant parce que maintenant, selon mon point de vue, nous ne sommes pas au XXIe siècle. Nous sommes au siècle 1 de la post-histoire. L’histoire s’est terminée avec le XXe siècle. Maintenant, c’est fini, on est dans la post-histoire. C’est l’espérance d’un monde nouveau qui sera, je l’espère, plus juste et plus pacifique.

Qu’est-ce qui a changé au cours du temps sur scène ? Universal a sorti la totale de mes enregistrements, ça représente 440 chansons. Les gens qui m’écoutent en connaissent souvent 5 ou 6, c’est le maximum. Alors, je fais en sorte que dans mon spectacle, il y ait 50 % de chansons que les gens connaissent, par respect pour eux, et 50 % de découvertes.

Montpellier, le Los Angeles de son enfance

Votre producteur Damien Nougarède est montpelliérain. Quel est votre rapport à la ville de Montpellier ? J’ai passé 5 ans pendant la guerre à l’école de Sorèze dans le Tarn. Montpellier, c’était la grande ville où il y avait des hôpitaux, des médecins. Ça représentait une ville importante, c’était le Los Angeles de l’époque pour moi.

Vous chantez le soir de la Saint-Valentin. Est-ce que l’amour est la chose la plus importante pour vous ? Il n’y a que ça d’important. L’amour, c’est l’espérance. Mon frère s’est suicidé par un énorme chagrin d’amour causé par le racisme religieux. Les parents de la jeune fille, qui était indienne et bouddhiste, ont refusé qu’elle épouse un chrétien. Je trouve ça insupportable et c’est pour cela que j’ai beaucoup fait pour la lutte contre le racisme.

Informations pratiques

Le concert de Hugues Aufray aura lieu le samedi 14 février à 20 heures au Corum de Montpellier. Les tarifs varient de 37 à 67 euros. Un événement unique pour découvrir ou redécouvrir l’œuvre d’un artiste qui, à 96 ans, continue de transmettre avec passion et authenticité.