Un premier rappel à l’ordre alors que la compétition n’a pas encore démarré. Le directeur du concours Eurovision de la chanson Martin Green a confirmé ce samedi 9 mai qu’un avertissement avait été envoyé au diffuseur israélien Kan après l’identification de vidéos publicitaires qui appellent à voter pour Noam Bettan, le représentant de l’État hébreu lors de l’édition 2026.
Des vidéos multilingues pour mobiliser les votes
Sur ces images, on peut voir le chanteur franco-israélien de 28 ans face caméra appeler les internautes à utiliser les 10 votes dont ils bénéficient pour le soutenir dans le cadre du vote du public, le tout dans plusieurs langues allant de l’espagnol au suédois en passant par le grec. Une campagne en tous points similaires à celles effectuées par Yuval Raphael et Eden Golan lors des deux éditions précédentes, au cœur des critiques de plusieurs autres pays participants.
Réaction rapide de l'UER
« Nous avons appris que des vidéos incitant à voter dix fois pour Israël avaient été publiées et diffusées par l’artiste représentant le diffuseur Kan », a réagi Martin Green auprès de la chaîne de télévision norvégienne TV2. « En moins de 20 minutes, nous avons contacté la délégation israélienne et lui avons demandé de cesser immédiatement toute diffusion de ces vidéos et de les retirer de toutes les plates-formes où elles étaient disponibles. Elle s’y est pliée », a-t-il ajouté.
« Nous avons adressé un avertissement officiel à la Kan et nous continuerons de surveiller de près leurs activités promotionnelles et de prendre des mesures si nécessaire », a conclu le Britannique. Cette sanction intervient dans le cadre des nouvelles règles introduites dans le code de conduite de l’Union européenne de radiotélévision (UER) pour l’Eurovision 2026.
Nouvelles règles strictes
« Les diffuseurs et artistes ne sont pas autorisés à prendre part activement, à faciliter ou à contribuer à des campagnes promotionnelles menées par des tiers susceptibles d’influencer le résultat du vote », prévoit désormais officiellement le règlement de la compétition, qui précise que « toute tentative visant à influencer indûment les résultats entraînera des sanctions ».
Auprès de la chaîne TV2, la Kan a affirmé qu’il s’agissait « d’une initiative personnelle de l’artiste, sans aucun financement illégal, et similaire à des publicités réalisées par d’autres artistes participant au concours ». « Après la demande de l’UER visant à éviter d’inciter les spectateurs à voter dix fois, l’artiste a cessé d’utiliser ces vidéos », a conclu un porte-parole de la télévision israélienne.
Le vote du public pour Israël scruté depuis deux ans
Les internautes sont nombreux à se déchirer entre pro et anti-participation israélienne au concours, certains évoquant une volonté de ne pas respecter les règles en vigueur, quand d’autres érigent en contre-exemple des publicités aperçues pour les artistes de Malte ou de la Pologne.
Une distinction nette dans le message adressé serait cependant au centre de la différence de traitement : « Demander expressément d’utiliser les dix votes dont vous disposez pour un seul artiste ou une seule chanson n’est pas conforme à notre règlement ni à l’esprit du concours », a insisté Martin Green, quand les concurrents de Noam Bettan se contentent de messages plus généraux.
Peu plébiscitées par les fans et les parieurs ces deux dernières années, les chansons israéliennes avaient connu de maigres résultats lors du vote des jurys nationaux (12e et 15e) avant de remonter de manière spectaculaire au classement grâce au vote du public. Première du télévote l’an dernier, Yuval Raphael avait ainsi terminé deuxième de la compétition. La télévision finlandaise YLE a établi qu’aucun autre pays n’avait obtenu une telle différence entre les deux catégories de votes sur les deux dernières éditions.
Cinq pays ont quitté le concours en opposition à la présence israélienne
Les chaînes publiques d’au moins neuf pays européens avaient alors réclamé une « révision » des règles de vote, notamment pour éviter des « interférences et manipulations extérieures ». La Slovénie avait de son côté émis des doutes dès 2024, après que le télévote avait attribué 10 points à Israël, une première, alors que l’état d’ex-Yougoslavie n’avait même pas voté pour l’Israélienne Netta lors de sa victoire en 2018.
Plusieurs pays avaient demandé l’exclusion de la Kan de la compétition, notamment en raison de la guerre menée à Gaza, ce qui aurait provoqué de facto l’impossibilité pour Israël de participer à l’Eurovision 2026. Mais cette sanction n’a pas été retenue par l’assemblée générale organisée en décembre.
En conséquence, pas moins de cinq pays ont annoncé qu’ils se retiraient du concours : l’Espagne, l’Islande, l’Irlande, les Pays-Bas et la Slovénie. La télévision espagnole TVE a annoncé qu’elle ne retransmettrait pas le concours, tandis que la RTVSLO en Slovénie diffusera à la place des films et documentaires palestiniens.



