Les influenceurs de Dubaï confrontés à la réalité des frappes iraniennes
Les influenceurs installés à Dubaï, habitués au calme et au luxe, partagent désormais leur choc et leur inquiétude face aux récentes attaques iraniennes sur les réseaux sociaux. Pour le moment, ils restent bloqués dans cette ville de 3,5 millions d’habitants, où ils étaient venus chercher la tranquillité et l’opulence, mais publient maintenant des photos de missiles et de frappes.
Des témoignages de peur et d’impuissance
Depuis samedi à l’aube, de nombreux expatriés dans les Émirats arabes unis partagent des vidéos de panaches de fumée s’élevant au-dessus des gratte-ciels, exprimant leur sidération. Hofit Golan, une influenceuse israélienne de bien-être, s’exclame à plusieurs reprises « OMG ! » (« Oh my god ! ») dans l’une de ces vidéos, en montrant un immeuble en feu à proximité de son appartement.
Le Britannique Will Bailey tient informé ses abonnés sur Instagram et TikTok en filmant les traces laissées dans le ciel bleu de Dubaï par le passage de missiles ou d’engins destinés à les neutraliser. « J’étais à quelques mètres », affirme-t-il dans l’une de ses vidéos, visiblement filmée près de l’hôtel Fermont, touché samedi par une frappe.
Des réactions angoissées et des appels à l’aide
D’autres influenceurs se montrent plus angoissés, comme la Française Maeva Ghennam qui, se filmant avec son passeport à la main, témoigne avoir « crié comme une hystérique » en entendant une frappe. « La France, protège-nous ! Je me suis faite dessus », demande cette jeune femme connue pour sa participation à l’émission de téléréalité « Les Marseillais ».
Dans un nouveau message posté dimanche matin sur son site, l’ambassade de France aux Émirats arabes unis a rappelé qu’il n’était pas possible de quitter le territoire, qui a fermé son espace aérien jusqu’à nouvel ordre. Elle exhorte donc les ressortissants à « appliquer strictement les consignes de sécurité : rester chez soi, se tenir éloignés des fenêtres, des portes et des zones ouvertes ».
Un retour à la réalité pour un monde bling-bling
Les vidéos postées depuis samedi provoquent parfois des réactions moqueuses d’internautes dénonçant « la déconnexion totale » de ce « monde bling-bling » face à la réalité géopolitique du Moyen-Orient. « On assiste à un retour à la réalité pour les influenceurs installés là-bas », analyse la journaliste Emma Férey, auteure du roman « Emirage » sur le milieu de l’influence à Dubaï.
Dans ce milieu qu’elle décrit comme « sous-informé » et « où tout semble facile, on doit vendre du rêve », « la bulle commence à se fissurer », estime Emma Férey. Ces dernières années, Dubaï a séduit un nombre croissant d’influenceurs, d’entrepreneurs et de millionnaires, attirés par l’environnement favorable aux affaires, l’absence d’impôt sur le revenu, et la possibilité d’y mener un train de vie fastueux.
La pression des réseaux sociaux et des contrats
Dans une vidéo filmée samedi sur une plage où bronzent des baigneurs, Deepti Mallik, consultante dans l’immobilier de Dubaï, tente de rassurer : « Il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Le pays est bien préparé pour une telle situation. » Pour Emma Férey, « on sent de l’inquiétude chez les influenceurs, même s’ils savent bien que parler de politique, et pire de géopolitique, c’est prendre le risque de perdre des abonnés ou de subir une vague de harcèlement ».
La journaliste explique que les créateurs de contenus « engagés contractuellement avec des marques, sont obligés de poursuivre leurs activités ». « Même si c’est pour du shampoing, la vidéo doit passer. C’est ce décalage qui peut paraître indécent aux yeux du public, de continuer à faire son beurre alors que le monde brûle », selon elle.
Sur Instagram, le Français Benjamin Samat, installé à Dubaï et connu pour sa participation à des émissions de téléréalité, a fustigé « ceux qui sur les réseaux sociaux se réjouissent que les Français vivent ça », disant ne souhaiter « à personne de se faire réveiller par des missiles qui explosent dans le ciel en pleine nuit ».



