Grasset bollorisé : veillée morose sur CNews
Grasset bollorisé : veillée morose sur CNews

Dans une chronique incisive publiée sur le site de Libération, le journaliste Daniel Schneidermann dresse un constat sans appel sur l'évolution de la chaîne d'information CNews, qu'il qualifie de « bollorisée ». Selon lui, l'influence croissante de Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Vivendi, a profondément modifié la ligne éditoriale de la chaîne, la transformant en un média d'opinion aux accents conservateurs.

Un virage idéologique assumé

Schneidermann rappelle que CNews, initialement lancée sous le nom d'iTélé, était une chaîne d'information en continu classique. Mais depuis son rachat par le groupe Canal+ (contrôlé par Bolloré), la chaîne a progressivement adopté une orientation éditoriale marquée, privilégiant les débats polémiques et les figures de la droite dure. L'auteur cite notamment la présence régulière d'Éric Zemmour, dont les propos ont souvent suscité la controverse.

Une veillée morose pour le pluralisme

Le titre de l'article, « Grasset bollorisé », fait référence à l'écrivain et éditeur Bernard Grasset, symbole d'une certaine tradition intellectuelle française. Schneidermann déplore que la chaîne, autrefois pluraliste, soit devenue le théâtre d'une « veillée morose » où le débat d'idées est remplacé par des affrontements stériles. Il s'interroge sur les conséquences de cette transformation pour la démocratie et la liberté de la presse.

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L'analyse de Schneidermann s'inscrit dans un débat plus large sur la concentration des médias en France. Vincent Bolloré, également actionnaire de référence du groupe Lagardère, est régulièrement critiqué pour son influence jugée excessive sur le paysage médiatique français. Selon le journaliste, cette situation appelle à une réflexion urgente sur les mécanismes de régulation et la nécessité de garantir un pluralisme réel.

Les réactions ne se sont pas fait attendre

Du côté de la direction de CNews, on conteste cette vision. Dans un communiqué, la chaîne rappelle qu'elle reste attachée à l'objectivité et à la diversité des opinions, et que les critiques de Schneidermann relèvent d'une lecture partiale de sa programmation. Toutefois, plusieurs observateurs indépendants confirment la tendance décrite, notant une augmentation significative des interventions de personnalités proches de la droite radicale.

Cette polémique intervient alors que le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a récemment mis en garde CNews à plusieurs reprises pour manquement à ses obligations. L'institution avait notamment rappelé la chaîne à l'ordre après des propos jugés discriminatoires tenus par certains de ses chroniqueurs.

Un enjeu démocratique majeur

Au-delà du cas particulier de CNews, Daniel Schneidermann soulève une question essentielle : celle de l'impact des médias sur le débat public. Dans un contexte où la défiance envers les institutions est croissante, la transformation d'une chaîne d'information en média d'opinion peut contribuer à polariser la société et à affaiblir le consensus démocratique.

L'article se conclut sur une note pessimiste, mais non sans appeler à une prise de conscience collective. Schneidermann estime que les citoyens et les pouvoirs publics doivent se mobiliser pour préserver un espace médiatique pluraliste, condition indispensable à une démocratie saine.

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