Arcom : nouvelles règles pour le pluralisme en 2027
Arcom : nouvelles règles pour le pluralisme en 2027

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, envisage d’adapter ses règles pour mieux encadrer les nouveaux formats médiatiques, notamment les podcasts politiques. Son président, Martin Ajdari, a annoncé dans « La Tribune Dimanche » que l’institution « réfléchit à de nouvelles règles pour la campagne de 2027 ». Cette réflexion intervient alors que les podcasts, souvent plus longs et intimistes, séduisent un public rajeuni et cumulent des millions de vues, une audience comparable à « certaines chaînes de la TNT ».

Des podcasts sous surveillance

Les créateurs de podcasts sont déjà tenus de respecter le « silence électoral, qui interdit toute propagande politique » deux jours avant le scrutin, rappelle Martin Ajdari. Cependant, ils ne sont pas soumis aux mêmes obligations que les chaînes de télévision et les stations de radio. Cette différence de traitement pourrait évoluer, car les politiques ont compris l’intérêt de ces formats pour développer leur narratif sans contradictoire, comme le montrent les interviews menées par Sam Zirah ou Guillaume Pley.

Les règles actuelles du pluralisme

Hors période électorale, la répartition du temps de parole politique repose sur un principe simple : le pouvoir exécutif dispose d’un tiers du temps total d’intervention, incluant les paroles du président relevant du « débat politique national », celles de ses collaborateurs et des membres du gouvernement. Les deux tiers restants sont répartis selon un « principe d’équité » entre tous les partis, en tenant compte des résultats électoraux, du nombre d’élus, du poids parlementaire, des sondages d’opinion et de la contribution au débat public. En période électorale, généralement les six semaines précédant le scrutin, l’Arcom applique des « règles spécifiques » définies par une recommandation propre à chaque élection. Pour la présidentielle de 2027, cette recommandation sera publiée à l’automne. Deux principes s’appliquent alors : l’équité, basée sur la « représentativité » des candidats et leur implication dans la campagne, et l’égalité, spécifique à la présidentielle, qui impose un temps de parole égal entre tous les candidats et leurs soutiens durant la campagne officielle.

La fin du « rattrapage nocturne »

Depuis le 1ᵉʳ octobre, l’Arcom ne tient plus compte des prises de parole des personnalités politiques diffusées entre minuit et 5h59 du matin, une plage horaire où les audiences sont très faibles. Cette décision, annoncée dans le rapport sur les élections municipales publié début juillet, vise à lutter contre le « rattrapage nocturne ». En juin dernier, Radio France avait été mise en demeure pour « sous-représentation » du Rassemblement national en journée : près de 60 % du temps de parole accordé à ce parti sur France Inter était diffusé la nuit, et plus de 70 % sur France Info. En novembre 2025, Reporters sans Frontière avait également dénoncé ce phénomène sur CNews pour la gauche, sans que l’Arcom n’y trouve à redire. En revanche, CNews avait été mise en demeure en 2021 pour avoir relégué aux horaires de nuit la parole du gouvernement et de La France insoumise, une décision confirmée par le Conseil d’État en 2023.

Une diversité d’opinions exigée

En juin dernier, l’Arcom a de nouveau mis CNews en demeure de respecter la diversité « des courants de pensée et d’opinion ». Cette décision fait suite à une décision du Conseil d’État de février 2024, qui impose de tenir compte non seulement des invités politiques, mais aussi des journalistes et des chroniqueurs. Bien que prise en réaction aux pratiques de la chaîne de Vincent Bolloré, cette règle s’applique à tous les médias audiovisuels. L’embauche de Charles Sapin sur France Inter, qu’il a depuis quittée, était l’une des conséquences de cette décision. Le sociologue Arnaud Esquerre, interrogé par « Le Nouvel Obs », explique que « l’Arcom a essayé d’identifier des critères : diversité des thématiques, variété des intervenants et pluralité des points de vue ». Si les deux premiers sont « assez faciles à vérifier », le troisième est « beaucoup plus compliqué ». Pour une chaîne d’information en continu, la question est réglée : c’est toute la grille. Mais pour des chaînes généralistes, « il y a forcément une part d’arbitraire dans la délimitation des catégories ».

Ces nouvelles règles, qui pourraient inclure un encadrement des podcasts, visent à garantir une meilleure représentativité politique dans les médias audiovisuels à l’approche de l’élection présidentielle. L’Arcom devrait publier sa recommandation spécifique pour la campagne à l’automne, précisant ainsi les modalités d’application pour les chaînes et les plateformes en ligne.