Un appel pour une grande loi anti-concentration
Après la polémique suscitée par les propos du patron de Canal+, Maxime Saada, à propos des signataires d’une tribune anti-Bolloré, les députés Clémentine Autain, Alexis Corbière, Hendrik Davi et Danielle Simonnet (mouvement L’Après) appellent à une réforme législative pour limiter la concentration dans les médias, l’édition et le cinéma. Selon eux, l’empire de Vincent Bolloré constitue une menace pour le pluralisme et la démocratie.
Un empire dans la République
Le milliardaire Vincent Bolloré a accumulé un contrôle considérable sur les chaînes de production culturelle, de l’édition à la presse en passant par le cinéma. Cette prédation des imaginaires, au service d’une « guerre civilisationnelle », est une attaque frontale contre les libertés d’expression et de création. Les députés affirment que la loi doit changer pour lutter contre la concentration horizontale et verticale dans les médias et l’industrie culturelle. La puissance publique ne doit plus se laisser défigurer par une poignée d’ultrariches qui détruisent le pluralisme.
La réaction de l’Arcom et du gouvernement
Face aux contestations exprimées au Festival de Cannes, le président de l’Arcom, Martin Ajdari, a appelé les anti-Bolloré à « redescendre un peu ». Pourtant, l’Arcom est chargée de garantir la liberté de communication et le respect de l’accord du 3 mars 2025 entre Canal+ et 16 organisations. Cet accord permet à Canal+ de diffuser les films plus tôt que les autres, en échange d’un financement de la production. Il exige une politique volontariste de diversité, incompatible avec une censure basée sur les opinions. La ministre de la Culture a également appelé au « dialogue », comme si les deux parties étaient à égalité, ce que les députés contestent.
La concentration horizontale et verticale
Les députés expliquent que la possession de plusieurs maisons d’édition ou journaux (concentration horizontale) nuit à la diversité. Mais Bolloré contrôle désormais chaque étape : télés, radios, journaux, maisons d’édition, communication publicitaire, jusqu’à la distribution avec les Relay (concentration verticale). Dans le cinéma, il possède bientôt toute la chaîne, des studios aux salles, avec Canal+ qui finance 43 % des apports des diffuseurs de films français.
Une législation obsolète
La législation actuelle n’est plus adaptée. Un homme peut contrôler toute la chaîne de production, ce qui est légal mais antidémocratique. La loi doit changer pour assurer le pluralisme et garantir les libertés d’expression et de création. Il faut modifier les seuils de concentration, donner du pouvoir aux salariés via un droit d’agrément, et protéger les auteurs et artistes. Parallèlement, il est nécessaire d’investir dans l’audiovisuel public et de créer un nouveau mécanisme de financement des médias pour assurer leur diversité et leur indépendance.
Des propositions concrètes
Plusieurs textes de loi sont déjà sur la table parlementaire. D’autres sont en préparation pour embrasser les défis du monde de l’information et de la création. Les députés appellent les forces de gauche et écologistes à porter ce combat au Parlement et dans la société. Ils refusent que l’information et la culture soient confisquées par quelques puissances privées, et que la République donne autant d’armes à l’extrême droite.
Signataires : Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis et cofondatrice de L’Après ; Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis et cofondateur de L’Après ; Hendrik Davi, député des Bouches-du-Rhône et cofondateur de L’Après ; Danielle Simonnet, députée de Paris et cofondatrice de L’Après.



