Yves Bigot à Nîmes : Jim Morrison, poète en exil à Paris
Yves Bigot à Nîmes : Jim Morrison, poète en exil

Le journaliste et écrivain Yves Bigot sera à Nîmes, à l’atelier Nicole Bousquet, jeudi 1er octobre à 19 heures, pour présenter son livre « Jim Morrison, strange days à Paris » (éditions Le mot et le reste, 192 pages, 19 €). L’ouvrage retrace les derniers mois du chanteur des Doors dans la capitale française, à partir de mars 1971.

Un artiste en crise fuit les États-Unis

Jim Morrison est, selon Yves Bigot, « la plus grande rockstar américaine depuis Elvis Presley ». En mars 1971, il est pourtant en pleine crise. Il vient d’être condamné à 8 mois de détention dans une prison de Floride, après un concert des Doors durant lequel il est accusé, notamment, d’exhibition sexuelle. D’après son avocat, il serait une cible du FBI, comme beaucoup d’artistes de rock, et un projet d’assassinat en prison existerait. Il fuit donc les États-Unis en attendant le procès en appel.

Par ailleurs, Jim Morrison est insatisfait de son statut de sex-symbol. Il le juge futile et aspire à être reconnu comme poète et cinéaste, lui qui a étudié le cinéma à UCLA. Enfin, sa compagne Pamela Courson l’a quitté fin 1970 pour Paris, avec son dealer et amant, Jean Le Tonnelier de Breteuil, un Franco-Marocain de 20 ans, dealer des stars, notamment de l’héroïne qui a tué Janis Joplin.

Un pèlerinage culturel et artistique

À Paris, Jim Morrison ne fait pas de musique. Une seule tentative de jouer avec des Américains dans un café tourne mal, à cause de son asthme, de son tabagisme et de son alcoolisme. Il ne prend pas de drogue, contrairement à Pamela. Il habite rue Beautreillis, là où vécut Baudelaire, et arpente les lieux de Rimbaud, des poètes de la beat generation et des écrivains de la lost generation. C’est pour lui un pèlerinage culturel.

Il fréquente aussi le Rock’n’roll Circus, rue de Seine, club couru par Mick Jagger, Frank Zappa, Alain Delon ou Brigitte Bardot. Il y côtoie Richard Bohringer et Johnny Hallyday, et s’y enivre régulièrement. Il veut faire projeter ses films d’étude à la Cinémathèque, mais n’y parviendra pas malgré l’aide d’Agnès Varda, rencontrée à Los Angeles. Il voyage : 10 jours en Corse, une semaine à Londres, Grenade pour l’Alhambra, Marrakech où Pamela retombe amoureuse de lui. « Et il boit, il boit, il boit… », résume Yves Bigot.

Les hypothèses sur sa mort

Le FBI pourrait-il être impliqué ? « On ne pourra jamais le démontrer », répond Yves Bigot. Le comte de Breteuil, arrêté par le FBI à Los Angeles, était peut-être un agent infiltré ou double. Mais l’auteur retient d’autres pistes. La version officielle de Pamela (cinéma, restaurant asiatique, baignoire) est « peu crédible », dit-il, car Jim ne chantait jamais hors des Doors et ne snifait pas d’héroïne.

Sam Bernett, directeur artistique du Rock’n’roll Circus, a raconté à Yves Bigot avoir trouvé Jim Morrison mort dans les toilettes du club, puis avoir vu son corps emporté par les dealers pour être déposé dans la baignoire. Une version « crédible, voire vraisemblable », selon l’auteur. Enfin, Robby Krieger, guitariste des Doors, a suggéré une maladie cardiaque liée à l’asthme et au rhumatisme articulaire, qui tue souvent avant 30 ans. Jim Morrison est mort à 27 ans. « Mais on ne le saura jamais », conclut Yves Bigot.