Mercredi à Montpellier, il dédicaçait encore son roman. Jeudi 24 septembre, la tournée promotionnelle de Thélyson Orélien s'est arrêtée net. Les éditions du Boréal ont annoncé suspendre les activités autour de « C'était ça ou mourir », son premier roman, après les accusations d'utilisation d'intelligence artificielle et de plagiat visant l'écrivain canado-haïtien.
Une suspension décidée par l'éditeur et le Salon du livre de l'Estrie
« Pour assurer le bien-être de Thélyson Orélien, nous suspendons pour l'instant les activités promotionnelles entourant le livre », indique la maison d'édition montréalaise, qui a publié le roman au printemps au Canada. Boréal assure qu'aucune IA n'a été utilisée depuis la réception du manuscrit. L'éditeur travaille désormais avec l'auteur pour tenter d'établir que le texte a bien été écrit par lui. Sans trancher : « Il nous est impossible à ce stade-ci d'infirmer ou de confirmer les allégations auxquelles l'auteur fait face », précise-t-il, appelant à ne pas « tirer de conclusions hâtives ».
Autre conséquence immédiate : le Salon du livre de l'Estrie, au Québec, a retiré jeudi à Thélyson Orélien son titre d'invité d'honneur et annulé les deux activités auxquelles il devait participer.
Une rencontre sous tension à Montpellier la veille
Mercredi 23 septembre, l'écrivain était encore à la Fnac de Montpellier pour une rencontre-dédicace suivie par une centaine de personnes. Un rendez-vous maintenu, mais sous haute surveillance : aucune question du public sur la polémique, aucune interview. Comme l'a raconté Midi Libre, l'animateur était seul autorisé à interroger l'auteur. Pas une question sur l'IA.
Thélyson Orélien assurait malgré tout que « ça va bien, très bien », avant de revenir longuement sur son roman, l'histoire de migrants haïtiens ayant bravé les obstacles et la mort pour rejoindre le Canada. À la fin de la rencontre, sollicité par Midi Libre, l'écrivain avait refusé de s'exprimer davantage : « La prochaine fois… J'ai fait une déclaration à Libération. »
Dans cet entretien, il rejetait catégoriquement les soupçons : « J'ai toujours aimé la création et l'écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. » Il disait également subir « de nombreuses attaques racistes » depuis son arrivée en France et se déclarait « en colère ».
Des soupçons d'IA puis des accusations de plagiat
À 38 ans, Thélyson Orélien est l'un des auteurs en vue de cette rentrée littéraire. « C'était ça ou mourir » figure parmi les best-sellers. Le romancier a remporté lundi le prix du roman Fnac et reste présent dans les sélections de plusieurs récompenses, dont le Goncourt.
La polémique a éclaté lundi sur X. Le compte anonyme « Balance ton Claude » affirme que le roman aurait été « presque intégralement » écrit par une intelligence artificielle, après avoir soumis plusieurs extraits au logiciel américain Pangram. Deux jours plus tard, nouvelles accusations. Cette fois pour des textes publiés au Canada il y a plus de dix ans. Le quotidien québécois La Presse affirme notamment qu'une chronique publiée par Thélyson Orélien en 2013 est, dans sa « quasi-totalité », une « traduction légèrement remaniée » d'un article paru quelques jours auparavant dans le journal philippin The Philippine Star.
Des éléments « troublants », avait reconnu auprès du Figaro le président de l'académie Goncourt, Philippe Claudel, tout en appelant à « éviter de crier avec les loups ». Mis en cause sur deux fronts, Thélyson Orélien continue de contester les accusations. Jeudi, auprès de l'AFP, il a dénoncé une « volonté » de le « faire taire ».