Leonardo Padura révèle pourquoi il n'a jamais quitté Cuba dans un essai intime
Padura explique pourquoi il est resté à Cuba dans un nouvel essai

Leonardo Padura se dévoile enfin : l'écrivain cubain explique son attachement à son île

Cette fois, l'auteur ne se cache plus derrière son célèbre personnage, le commissaire Mario Conde, ce flic mélancolique qui erre depuis des décennies dans un pays au bord de l'effondrement. Leonardo Padura sort de l'ombre et se met à nu, utilisant la première personne pour répondre à une question qui hante ses lecteurs depuis toujours : pourquoi ce géant de la littérature cubaine, auteur du monumental roman L'Homme qui aimait les chiens, n'a-t-il jamais quitté Cuba contrairement à tant de ses pairs ?

Un mystère enfin élucidé

Malgré les privations matérielles, la dictature politique et le délabrement moral d'un peuple épuisé, Padura est resté sur son île natale, comme habité par une mission supérieure : créer de la littérature authentique. Dans ce nouvel essai qui oscille entre autobiographie intime et promenade urbaine, l'écrivain confie sa passion dévorante pour La Havane, se définissant comme le greffier méticuleux de la décrépitude des murs et des âmes.

Chaque jour, il documente les blessures d'une ville schizophrène, déchirée entre ses quartiers rénovés pour les touristes - comme La Habana Vieja, Vedado ou le célèbre Malecón - et les zones misérables où s'entassent les populations rurales fuyant la faim et le désœuvrement. « J'écris parce que j'ai mal à mon pays, j'ai mal à ma ville », révèle l'écrivain cubain dans un moment de rare franchise. « Et parce que la seule façon de soulager cette douleur, c'est justement d'écrire, ici, et tant que je le pourrai. »

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Un testament littéraire à 70 ans

À l'aube de ses soixante-dix ans, Leonardo Padura nous offre une forme de testament littéraire, un réquisitoire implacable contre la dictature castriste qu'il critique sans jamais la nommer directement. Dans cet ouvrage poignant, il rend hommage à ses pairs disparus :

  • Guillermo Cabrera Infante
  • Reinaldo Arenas
  • Virgilio Piñera

Tous furent victimes du régime communiste cubain, persécutés pour leurs idées et leur art. Padura, lui, a choisi de rester, transformant sa souffrance en création.

La fascination pour la décrépitude

L'homme qui n'a jamais quitté sa maison natale du quartier de Mantilla, au sud de La Havane, avoue avec pudeur une fascination certaine pour la décrépitude de cette cité en ruine qu'il a tant aimée. Cette ville continue de l'envoûter comme une sorcière vaudoue, exerçant sur lui un sortilège inexplicable.

Pour tenter d'expliquer cet attachement paradoxal, Padura fait appel à son personnage fétiche, le commissaire Conde, amateur de combats de coqs et de rhum de contrebande : « Tel un alien sur sa propre terre, écrit Padura, Conde ne put s'éviter une nouvelle manifestation de sa vocation de philosophe : la pauvreté heureuse. » Cette phrase résume peut-être le dilemme existentiel de l'écrivain lui-même.

L'ouvrage « Aller à La Havane », traduit de l'espagnol (Cuba) par René Solis et publié aux éditions Métailié (368 pages, 22,50 €), se révèle être bien plus qu'un simple essai. C'est un cri du cœur, une déclaration d'amour douloureuse à une nation et une ville qui lui ont tout donné, y compris la matière première de son œuvre : la beauté tragique de la survie.

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