Jérôme Loubry : « Le petit garçon dans sa cité HLM a eu raison d’y croire »
Jérôme Loubry : « Le petit garçon dans sa cité HLM a eu raison »

Le romancier Jérôme Loubry, âgé de 50 ans, était présent au 39ᵉ Festival du livre de Mouans-Sartoux, le 2 octobre, pour dédicacer son nouveau thriller psychologique, « Le Garçon éternel » (Calmann-Lévy). Devenu une référence du genre en France, l’auteur a accordé un entretien à nos confrères de Nice-Matin, évoquant ses méthodes d’écriture, son rapport à la notoriété et son parcours singulier.

Un roman né d’une phrase et d’une forêt inquiétante

« Le Garçon éternel » s’ouvre sur une découverte macabre : deux adolescents, partis tourner une vidéo nocturne, tombent sur le corps mutilé d’une femme près d’une ancienne scierie désaffectée, réveillant la légende funeste du « garçon éternel ». En parallèle, les enquêteurs Salim et Manon cherchent la vérité, tandis que Cédric, un journaliste anéanti, tente de surmonter la disparition mystérieuse de sa compagne Laura.

Interrogé sur le déclencheur de ce roman, Jérôme Loubry explique : « Pour celui-ci, c’est une phrase : “Je crois que je suis grosse”, dans le sens d’être enceinte. Je ne sais pas d’où elle est venue, mais c’était la première phrase du roman, celle qui a créé tout le reste. » Cette phrase installe d’emblée une crainte, avec une femme vivant aux côtés d’un mari violent, qui décide de ne plus être la victime et de se battre.

L’auteur insiste sur l’importance des lieux dans ses récits : « Le lieu est toujours un personnage chez moi. Sans ambiance, un thriller ne marche pas. » Pour ce nouveau livre, la forêt joue un rôle central : « J’ai grandi entouré de forêts dans le centre de la France, où j’allais le soir, gamin, pour me faire peur. Le jour, la forêt est jolie et agréable. Mais la nuit, elle est beaucoup plus inquiétante. »

Un rythme d’écriture volontairement lent et sans plans écrits

Contrairement à d’autres écrivains présents à chaque rentrée littéraire, Jérôme Loubry a un rythme plus posé : « Je mets un an et demi à peu près pour sortir un livre. Tous les ans, ça devenait un peu mécanique et je n’aimais pas trop la sensation d’être un produit. » Il précise ne pas s’appuyer sur des faits réels : « L’inspiration vient uniquement de l’imagination. Et je n’ai pas de processus précis : j’écris quand je ressens l’envie d’écrire. Parfois, il peut se passer une semaine sans qu’un mot ne sorte. »

L’auteur ne fait jamais de plans écrits : « Je visualise l’histoire comme des scènes de cinéma ou de série. Et d’entrée, j’ai toujours la fin en tête. » Cette méthode, proche de l’écriture scénaristique, lui permet de maintenir une tension constante.

Un jeu de chat et de souris avec le lecteur

Jérôme Loubry avoue ne pas lire de thrillers ni de romans policiers : « C’est très rare. Mais pour le lecteur, comme ce sont des thrillers psychologiques, ce qui l’intéresse le plus, c’est de comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là. La clé, c’est la progression du mal, savoir d’où il vient. De l’enfance, de l’adolescence ou de l’âge adulte. Et parfois même d’arriver à ressentir de l’empathie pour le tueur. »

La figure du journaliste, récurrente dans son œuvre, est pour lui un miroir du lecteur : « Le journaliste, c’est comme si c’était le lecteur. Parce que c’est celui qui cherche la vérité, comme celui qui va lire le roman. Les amateurs de thrillers imaginent tout de suite des hypothèses dès les premiers chapitres. Notre rôle est de les empêcher de trouver, c’est un jeu du chat et de la souris. »

Un succès porté par le bouche à oreille et les réseaux sociaux

Interrogé sur sa relation avec ses lecteurs, l’auteur confie : « Quand on passe huit mois dans sa caverne à écrire, ça fait vraiment du bien de sortir et d’avoir des retours. Dans les salons, certains décortiquent tellement nos romans qu’ils me rappellent des détails que j’avais oubliés ! » Il souligne l’impact du bouche à oreille et des réseaux sociaux : « Sur TikTok et Instagram, la communauté de lectrices, je dis ça parce que ce sont 80 % de femmes, conseille énormément mes romans. »

Revenant sur son parcours, Jérôme Loubry se montre ému : « À l’âge de neuf ans, je voulais déjà être écrivain, mais je m’imaginais écrire une fois arrivé à la retraite ! Je me dis parfois que le petit garçon dans sa cité HLM a eu raison d’y croire. J’ai eu la chance de trouver une maison d’édition très rapidement, mais il faut continuer à bosser et ne pas se reposer. »