Sorti le 30 septembre, Digger, la satire politique d'Alejandro González Iñárritu portée par Tom Cruise, n'a récolté que 8 millions de dollars pour son premier week-end nord-américain. Warner Bros. aurait pourtant dépensé 100 millions de dollars rien que pour sa promotion. En France, le film fait également pâle figure avec 165 000 entrées en première semaine, contre 860 000 pour Mission : Impossible 8 au même stade.
Un accueil critique mitigé
Sur Rotten Tomatoes, le film obtient à peine 53 % d'avis positifs chez les critiques, contre 73 % chez les spectateurs. Un fossé qui interroge sur la réception du long métrage. Dans cette comédie noire, Tom Cruise, 64 ans, incarne un magnat du pétrole prêt à sauver le monde d'une catastrophe qu'il a lui-même provoquée. Une performance déjantée qui devait peut-être lui ouvrir les portes des Oscars, mais la mission semble désormais plus compliquée qu'un saut sans parachute.
La popularité de Tom Cruise, un atout ?
Tom Cruise a reçu un Oscar d'honneur en 2025, mais la statuette d'interprétation lui échappe toujours. Pour Anaïs Bordages, journaliste cinéma et votante aux Golden Globes, tout n'est pas perdu. « Il ne faut pas sous-estimer la popularité de Tom Cruise à Hollywood. Dès qu'il arrive quelque part, il a une standing ovation », explique la créatrice du podcast Anaïs se fait des films. Depuis Top Gun : Maverick, l'acteur bénéficie d'une réputation de sauveur du cinéma post-Covid.
Mais la tendresse a ses limites, surtout quand elle coûte plusieurs centaines de millions. « Hollywood valorise beaucoup l'argent. Si le film avait été un gros succès en salles, il aurait pu avoir ses chances », estime la critique. Autre obstacle : pour décrocher une statuette, il faut faire campagne, multiplier les apparitions et serrer des mains. Un exercice périlleux pour un Tom Cruise devenu particulièrement discret médiatiquement.
Un film volontairement excessif
« C'est un film extrêmement poussif », reconnaît Anaïs Bordages, pourtant parmi ses défenseurs. Le problème ? Iñárritu, déjà peu connu pour sa sobriété, a visiblement décidé de pousser tous les curseurs dans le rouge. « Il aime bien faire le malin », s'amuse la journaliste. Mais ce grand numéro serait précisément le sujet. « C'est de la satire, mais c'est aussi un film sur les limites de la satire », décrypte-t-elle. Le marketing, lui, aurait vendu tout autre chose. Et pour apprécier les nombreux retournements de situation, encore faut-il tenir jusqu'au bout. « Si je l'avais vu en streaming, j'aurais peut-être arrêté au bout de vingt minutes », avoue-t-elle.
Un échec qui pourrait devenir un atout
Pourtant, Hollywood commence déjà à organiser la résistance. Guillermo del Toro, Ron Howard et Glen Powell ont défendu le film. Anne Hathaway lui a même attribué un 10/10 sur Letterboxd. Ironie du sort : son propre film Verity a rapporté 32,6 millions de dollars dès son premier week-end américain, soit quatre fois plus que Digger.
De son côté, Anaïs Bordages est catégorique : « Je n'ai aucun doute sur le fait que le film va devenir culte. » Elle défend sa direction artistique, son casting et sa photographie signée Emmanuel Lubezki. Autant d'atouts qui pourraient au moins lui valoir quelques nominations techniques. L'échec commercial pourrait même finir par jouer en sa faveur. « Son bide au box-office le rend limite touchant. Ça donne plus envie de le défendre que si c'était un mastodonte qui avait tout écrasé sur son passage », estime-t-elle. Après tout, Jennifer's Body et Blade Runner ont bien fini par prendre leur revanche sur l'histoire du cinéma. Tom Cruise pourrait donc repartir sans Oscar d'interprétation, mais avec un futur classique.