Dany Laferrière défend Orélien : « Un pire crime que Trump avec ICE »
Dany Laferrière défend Orélien : « Un pire crime que Trump »

Dans une tribune publiée par BibliObs le 9 octobre 2026, l'écrivain Dany Laferrière, né à Port-au-Prince et membre de l'Académie française, prend la défense de Thélyson Orélien, l'auteur du roman Sang pour Sang accusé d'avoir utilisé l'IA. Selon lui, Orélien s'est « peut-être trompé » en utilisant l'IA, mais pas sur les terribles réalités que doivent affronter les migrants. Il estime que la polémique a pris des proportions démesurées et que l'attention devrait se concentrer sur la tragédie humaine décrite dans le livre.

« J'ai l'impression que Thélyson avait commis un pire crime que Trump qui défend les assassinats de ICE (ne pas oublier ce lien avec ICE dans cette tragédie) », écrit Dany Laferrière, faisant référence à l'Immigration and Customs Enforcement, la police des frontières américaine. Pour lui, cette « injustice criante contre les migrants qu'on semble ne plus voir est l'unique sujet du livre ».

Une polémique disproportionnée

Dany Laferrière, lauréat du prix Médicis 2009 pour L'Énigme du retour, s'interroge sur la manière dont le livre qui dénonce la tragédie des migrants haïtiens a pu devenir « le cœur d'un scandale qui s'étire sur 12 000 kilomètres, et cela sur la foi d'une machine ». Il déplore que « notre époque, emportée par ses passions, ignore l'idée même de proportion ».

L'écrivain rappelle que Thélyson Orélien, comme beaucoup d'Haïtiens, a « un parent, des voisins, quelques connaissances parmi ces centaines de milliers de gens qui continuent de traverser, l'œil rivé sur un horizon qui recule sans cesse, une grande partie d'un continent hérissé de dangers ». Il ajoute que l'auteur a décrit « ni l'inconfort d'un voyage de 12 000 kilomètres dans les pires conditions, ni la morgue des gardes-chiourmes sur les frontières, ni l'intolérable chaleur humide de la jungle, ni les négociations qui impliquent des sommes minables contre des vies précieuses, ni cet enfant et sa mère abandonnés au bord de la route ».

Une erreur du prix Goncourt

Dany Laferrière estime que « le prix Goncourt a commis une erreur » en écartant Thélyson Orélien. « Comme on dit au foot, il a confondu vitesse et précipitation », écrit-il, citant l'écrivain James Noël qui « a raison de dire qu'il fallait attendre la seconde sélection pour écarter Orélien ». Pour lui, « pour prévenir une erreur, Goncourt a commis une faute ».

L'écrivain rappelle que « c'est de Paris que toute cette fièvre est partie » et que le succès du livre n'est pas dû au scandale : « ce n'est pas le scandale qui a fait le succès du livre, c'est son succès qui est devenu un scandale ». Il souligne que les lecteurs de France, du Québec – où le livre est édité chez Boréal –, de Belgique et de Suisse continuent d'acheter le livre « jusqu'à en faire un indétrônable best-seller ».

Un appel aux journalistes

Dany Laferrière lance un appel aux médias : « Tous les journaux sont mobilisés sur cette affaire et pas un seul n'annonce qu'il va envoyer des journalistes refaire la route empruntée par Jonas Dorléon ». Il les invite à couvrir ce sujet « à la manière de Kessel » et à « amener Thélyson Orélien avec vous ». Il conclut en évoquant la « foule de gens de toutes origines et de toutes classes sociales qui s'est reconnue dans “C'était ça ou mourir” », et cette jeune femme qui a exprimé dans une librairie de Montréal : « Cette histoire m'intéresse. »