Le romancier canado-haïtien Thélyson Orélien, 38 ans, a été retiré de la sélection du prix Goncourt le vendredi 25 septembre 2026, cinq jours après avoir reçu le prix du roman Fnac. L'Académie Goncourt a justifié cette décision par les plagiats révélés durant la semaine et par des analyses indiquant que son roman « C'était ça ou mourir » serait « selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle ». Le livre, publié par Grasset, reste en librairie, mais sa course au Goncourt est terminée.
Un prix et une accusation
La semaine a débuté sous les meilleurs auspices pour Thélyson Orélien. Lundi 21 septembre, il reçoit le prix du roman Fnac. Quelques heures plus tard, un compte X anonyme nommé « Balance ton Claude », en référence à l'IA d'Anthropic, affirme que son livre a été écrit « presque intégralement » avec une intelligence artificielle. Le compte, qui ne comptait que 92 abonnés au moment de l'accusation, publie des extraits soumis à un logiciel de détection de l'IA nommé Pangram. Ce dernier estime la probabilité d'un texte généré par IA et affirme avoir testé différents passages « pour presque toujours le même résultat : 100 % IA ». L'entreprise Pangram Labs assure être capable de détecter du « contenu généré par IA avec une précision de 99,98 % ». L'éditeur Grasset rejette ces accusations.
La défense de l'auteur et les premières révélations
Mardi 22 septembre, Thélyson Orélien nie avoir utilisé l'IA pour écrire son roman, dans les colonnes de « Libération ». « J'ai toujours aimé la création et l'écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », se défend-il. Il explique la différence de style de son texte par ses traditions « haïtiennes et caribéennes » et s'interroge sur les types d'écritures qu'un détecteur d'IA pourrait prendre pour celles d'une machine. Il dit également subir « de nombreuses attaques racistes » depuis son arrivée en France et préparer un dossier pour défendre son travail.
Mercredi 23 septembre, le président de l'Académie Goncourt, Philippe Claudel, appelle à la prudence : « Ne jetons pas l'opprobre immédiatement sur un auteur », déclare-t-il sur franceinfo. Il souligne que Thélyson Orélien est « haïtien, canadien et francophone mais étranger » et s'interroge sur le moment choisi pour lancer l'accusation. Auprès du « Nouvel Obs », il déplore une « campagne de dénigrement ». Mais le même jour, l'affaire prend un autre tour. Au Québec, plusieurs médias déterrent des textes publiés par l'écrivain il y a plus de dix ans et y relèvent des passages repris d'autres auteurs. Le journal « La Presse » retrouve dans une chronique publiée en 2013 la traduction à peine retouchée d'un article paru quelques jours plus tôt dans un journal philippin. Un autre texte, soumis à un concours de Radio-Canada en 2012 et récompensé par le prix du public, reprend presque mot pour mot des passages de la préface du Matin des magiciens, paru en 1960.
Les premières conséquences et la levée d'anonymat
Jeudi 24 septembre, Thélyson Orélien présente son roman au festival du livre de Manosque devant plusieurs centaines de personnes qui l'applaudissent. Il indique être « prêt à s'exprimer quand tout sera calme » et dénonce une volonté d'attaquer « [sa] voix » pour le « faire taire ». Au Québec, le Salon du livre de l'Estrie lui retire son « titre d'invité d'honneur » et annule ses deux interventions prévues en octobre. Dans la nuit de jeudi à vendredi, son éditeur canadien Boréal annonce suspendre les activités promotionnelles du roman et la tournée de l'auteur, préférant « assurer le bien-être de Thélyson Orélien ». Jeudi soir, « Le Figaro » révèle que Samuel Fitoussi, l'un de leurs chroniqueurs, est derrière « Balance ton Claude ».
Vendredi 25 septembre, Samuel Fitoussi confirme appartenir au « projet collectif » derrière le compte. Il écrit avoir agi par crainte que l'IA ne provoque la « disparition de la lecture et de l'écriture ». Quelques heures plus tard, l'Académie Goncourt retire le livre de sa sélection, expliquant vouloir préserver « l'intégrité du prix Goncourt et le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes ». Thélyson Orélien conteste toujours avoir écrit son roman grâce à l'intelligence artificielle. Les accusations de plagiat et de recours à l'IA demeurent deux questions distinctes, mais elles auront réuni l'auteur dans une même chute.