La disparition d'une figure mondiale du vin
Le monde viticole est en deuil. Michel Rolland, l'œnologue libournais né en 1947, est décédé dans la nuit du 20 mars 2026 des suites d'un infarctus. Sa disparition soudaine laisse un immense vide dans le vignoble bordelais et au-delà, tant son influence s'est étendue à l'échelle mondiale.
Des hommages unanimes pour un visionnaire
Les réactions affluent de toute part pour saluer la mémoire de cet homme hors du commun. Daniel Mouty, président des Vignerons indépendants de Nouvelle-Aquitaine, déclare avec émotion : « Il a marqué l'histoire, je l'admirais. C'était un copain de toujours, on a fait beaucoup de choses ensemble. » Un grand nom de la rive droite, préférant garder l'anonymat, confie quant à lui : « Il m'a aidé, vraiment aidé. »
Les témoignages recueillis par Sud Ouest dépeignent une personnalité généreuse et agréable, dont l'expertise était recherchée aux quatre coins de la planète. Alfred Tesseron, propriétaire du Château Pontet-Canet, souligne : « C'était quelqu'un de formidable qui a fait beaucoup de bien au monde du vin. Nous avons le même âge et nous avons ouvert de bonnes bouteilles ensemble. »
Le révolutionnaire du vignoble bordelais
Dans les années 1990, Michel Rolland a opéré une véritable révolution dans la viticulture girondine. Il a préconisé :
- Une sélection rigoureuse des grappes
- Une recherche de maturité optimale du raisin
- Une vinification peu interventionniste
Son arrivée a été déterminante dans un vignoble qui s'appuyait alors largement sur l'industrie chimique. Il a rétabli des pratiques plus authentiques, redonnant ses lettres de noblesse à l'œnologie bordelaise. Daniel Mouty insiste : « Si tous avaient été comme lui, le vignoble bordelais ne serait pas en crise. Oui, il avait de l'ambition mais à ce niveau-là c'était une qualité. »
Un homme de contrastes et de controverses
Malgré son immense succès, Michel Rolland n'a pas échappé aux critiques. Son travail pour le groupe Castel et la création de la cuvée Baron de Lestac lui ont valu des accusations de standardisation du vin de Bordeaux. Le documentaire Mondovino (2004) l'avait projeté sur le devant de la scène, mettant en lumière ces tensions.
Un de ses amis explique : « Le problème, c'est que des gens qui ne voulaient pas faire leur vin se sont contentés d'appliquer ses méthodes. » Le « flying winemaker », comme on le surnommait, était également connu pour ses coups de gueule clivants. Lui-même déclarait avec provocation : « Ces journalistes, si on ne leur donne pas des choses qui marquent, ils ne retiennent rien. »
L'héritage technique et humain
Au-delà des polémiques, Michel Rolland laisse un héritage technique considérable. Nicolas Thienpont, aux commandes de propriétés prestigieuses comme Château Pavie Macquin, témoigne : « On perd un très grand monsieur du vin qui nous a appris à ramasser des raisins mûrs. Il a marqué notre époque et a été pour moi un très grand soutien. »
Paul Barre, précurseur de la biodynamie à Fronsac, illustre parfaitement la complexité de cette figure : « Je ne suis pas allé vers son style de vin... mais c'est lui qui m'a appris le métier. Il ne m'a jamais empêché de faire ce que je voulais faire et il m'a accompagné sans jamais me juger dans ma démarche en biodynamie. »
Il raconte avec tendresse une anecdote révélatrice : « En 1990, je m'étais vanté dans son labo que la température était correcte dans mes cuves. Le soir, il est arrivé chez moi avec un manche à balai au bout duquel il avait attaché un thermomètre. En fait, le mien était cassé ! »
Daniel Mouty se souvient d'un moment privilégié : « Un jour, chez lui, nous avons goûté 17 vins. Il était vraiment heureux de ce qu'il avait élaboré dans le monde entier, y compris en Inde. C'est un souvenir incroyable. »
Michel Rolland restera dans les mémoires comme celui qui a tiré le vignoble bordelais vers le haut, considérant que Bordeaux était constitué de terroirs exceptionnels. Son ambition, son caractère bien trempé et son expertise incontestable ont durablement marqué l'histoire du vin.



