Michel Rolland, l'œnologue controversé qui a transformé le vin mondial
Michel Rolland, l'œnologue qui a changé le vin mondial

Michel Rolland, l'œnologue controversé qui a transformé le vin mondial

Vedette contestée du vignoble bordelais puis du vignoble mondial, Michel Rolland mérite assurément mieux que la caricature qui lui est souvent associée. Il convient cependant de reconnaître que cette image réductrice, il l'a en partie fabriquée lui-même. Tous ceux qui ont visionné le célèbre film documentaire Mondovino, réalisé par Jonathan Nossiter en 2004, conservent une représentation peu flatteuse de l'homme. Pourtant, la réalité était bien différente.

Un personnage complexe et influent

Michel Rolland se révélait ouvert, drôle, facile d'accès, doté d'un humour pétillant qui contrastait avec son image publique. Son amitié profonde avec le dégustateur américain Robert Parker, véritable serrurier magique du marché viticole américain, a incontestablement forgé son succès. Cette relation privilégiée a également contribué, surtout aujourd'hui, à une certaine hostilité de la part de ceux qui l'avaient pourtant vénéré auparavant.

Il faut impérativement mettre à son crédit les progrès considérables réalisés par de nombreuses propriétés viticoles dans la gestion des vendanges. Élève du grand œnologue Émile Peynaud, il reprend, à la fin des années 1970, un modeste laboratoire à Libourne et connaît rapidement un succès retentissant. Si on l'a beaucoup associé aux vins extraits et fortement boisés, il a surtout contribué à transporter l'œnologie directement dans les vignes, à sortir le métier de la cuverie et des intrants chimiques.

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Une philosophie viticole révolutionnaire

Son leitmotiv résumait parfaitement sa démarche : « Donnez-moi des raisins mûrs et sains, je vous ferai des bons vins. » Cette recherche obsessionnelle de la maturité, après une époque où le rendement à l'hectare prévalait systématiquement sur la qualité, a profondément changé l'approche viticole, à Bordeaux et dans le monde entier.

Certes, les années 1990 et 2000 avec leurs exagérations caractéristiques – le boisé à outrance, les extractions de forcené, la baisse excessive des rendements à l'hectare, ou la mode éphémère des vins de garage – ont contribué à faire de Bordeaux une cible privilégiée pour les lazzis et les sarcasmes. Le vignoble en paie aujourd'hui encore le prix fort. Mais rejeter la faute exclusivement sur Michel Rolland nous semble plus qu'une simple erreur, une véritable ignominie.

Un héritage viticole à nuancer

Il faut reconnaître que Michel Rolland a surtout été un grand œnologue, qui a permis à de très nombreuses propriétés de produire des rouges savoureux et considérablement plus faciles à boire que ceux d'autrefois. Pour approcher la vérité historique, il conviendrait de faire la part des choses entre :

  • Les propriétaires qui ont judicieusement utilisé les conseils avisés de l'œnologue
  • Les acteurs purement mercantiles, qui considéraient que faire appel à ses services constituait la garantie absolue d'une bonne note dans les colonnes du Wine Advocate de Robert Parker et de ses nombreux imitateurs

Des petits châteaux anonymes aux grands crus les plus célèbres, dont la réussite commerciale a solidement construit la réputation du couple Rolland – Dany, qui veillait méticuleusement au grain, et Michel, le célèbre « flying winemaker », le vinificateur volant aux quatre coins du monde. Son influence demeure aujourd'hui indéniable, même si son héritage continue de diviser profondément le monde du vin.

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