Le claret, un vin médiéval ressuscité pour les jeunes palais
Héritage direct du Moyen Âge, le claret, ce vin rouge clair et léger autrefois très prisé des Anglais, effectue un retour remarqué dans le paysage viticole bordelais. Après avoir été délaissé pendant des siècles, à l'exception de quelques irréductibles passionnés, cette appellation historique retrouve aujourd'hui ses lettres de noblesse et se positionne comme un breuvage d'avenir.
Une stratégie marketing audacieuse pour conquérir la génération Z
Lors du récent salon Wine Paris, qui a attiré plusieurs milliers de visiteurs à la Porte de Versailles, l'interprofession bordelaise a déployé un véritable tapis rouge pour son nouveau produit phare. Stand dédié, soirée de lancement, master class spéciale et promotions multiples ont marqué cette renaissance. De nombreux vignerons ont affiché leur soutien en arborant fièrement des autocollants promotionnels.
Jean-Raymond Clarenc, directeur commercial des Crus et domaines de France, explique cette démarche : « Sans renier ses autres styles de vins, le bordeaux convoque une vieille signature médiévale pour conquérir cette génération Z, née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, qui recherche un plaisir immédiat et ne consomme pas nécessairement du vin pendant les repas. »
Des caractéristiques qui bousculent les traditions
Le claret se distingue par plusieurs particularités qui rompent avec les codes établis :
- Une palette de couleurs très large pour un vin rouge
- Une consommation recommandée fraîche, entre 10 et 12°C
- La possibilité de l'édulcorer avec des sucres résiduels autorisés jusqu'à 7 g/l
- Une approche décomplexée, pouvant même inclure consommation en cocktail ou avec des glaçons
Stéphane Gabard, initiateur de cette nouvelle appellation, précise : « On se pose ici en rupture par rapport à notre clientèle traditionnelle, en s'adressant à des publics différents qui vont boire du vin hors des repas ou pour accompagner de la street food. »
Un engagement massif de la filière bordelaise
La filiale bordelaise des Grands Chais de France, premier groupe viticole français, a investi massivement dans ce projet avec déjà quatre cuvées produites, représentant 400 000 bouteilles dès la première année. Selon les chiffres de l'interprofession bordelaise, une quarantaine d'opérateurs - vignerons indépendants et coopératives - se sont engagés à relancer ce vin alternatif, promu comme « plaisir, accessible, sans cérémonial ».
Les noms des cuvées reflètent cette approche décalée, avec par exemple le « Blanc-Bec » du Château de Fontenille ou le « Thank you Charles » du Château Saint-Ferdinand, domaine dont les vins ont été dégustés par le palais royal du roi Charles III.
Des perspectives de croissance ambitieuses
D'ici la fin de l'année 2024, les professionnels prévoient la commercialisation de 2 millions de bouteilles estampillées « claret ». Stéphane Gabard observe déjà « un certain engouement et un attrait des blogueurs spécialisés » pour ce produit.
Cette renaissance du claret s'inscrit dans un contexte où le vignoble bordelais cherche à diversifier ses débouchés et conquérir de nouveaux marchés. Bien qu'il ne prétende pas résoudre à lui seul les difficultés commerciales de la région, il représente une option stratégique intéressante pour élargir la clientèle et moderniser l'image des vins de Bordeaux.
Le claret, dans sa version contemporaine, ne se prend pas la tête et assume pleinement sa vocation de vin plaisir, accessible et adapté aux nouvelles habitudes de consommation. Son retour des temps médiévaux pourrait bien marquer un tournant dans l'histoire viticole bordelaise.



