Le chef étoilé Mory Sacko est parti au Japon pour un défi gastronomique inédit : réunir les cinq éléments — air, feu, eau, terre et vide — dans un bento. Cette quête est au cœur de la série « Food Samouraï », disponible depuis le 30 septembre sur Disney+. Créée par Éric Nebot, elle suit le chef dans sa conquête du bento parfait, jusqu'à le servir dans un « yatai », une petite cuisine de rue, à Osaka.
Une série pour raconter une transformation émotionnelle
Présentée en avant-première au festival MK2 Cinéma Paradiso, à la tour Eiffel, la série a été pensée par Éric Nebot non pas comme un simple documentaire culinaire, mais comme une véritable aventure. « Ce qui m'a intéressé, c'était de filmer la transformation émotionnelle de Mory lors de son premier voyage au Japon », explique le réalisateur. Pour cela, il a imaginé « quelque chose qui se suit en six épisodes, avec […] un vrai parcours dramaturgique ». Le tournage a duré quinze jours, mais le projet a nécessité trois ans de travail.
Accompagné de son chef pâtissier Théo Segretin, Mory Sacko part à la rencontre de maîtres japonais. L'objectif : réunir les cinq éléments dans un bento, puis le servir à Osaka. Pour le chef, cette aventure est aussi une leçon d'humilité : « On a beau être aussi haut qu'on veut dans son domaine, on ne peut pas avoir la prétention de dire qu'on sait tout », souligne-t-il.
Le Japon, entre mangas et histoire de Yasuke
Le lien entre Mory Sacko et le Japon remonte à l'enfance, lorsqu'il découvre le pays à travers les mangas. Devenu chef, il mêle dans ses assiettes les techniques françaises, les saveurs d'Afrique de l'Ouest et les influences japonaises. Pendant le confinement, il cherche un nom pour cette cuisine métissée : « Je savais que je voulais faire une cuisine entre la France, l'Afrique et le Japon. Mais je n'avais pas de nom », se souvient-il.
En explorant les liens entre les cultures africaines et japonaises, il découvre Yasuke, un Africain devenu samouraï au Japon au XVIe siècle. Une histoire qui incarne « cette acceptation mutuelle entre ces deux peuples ». Le nom de son restaurant, MoSuke, est d'ailleurs la contraction de Mory et de Yasuke. « J'avais consommé, je pense, tellement de Japon avant même d'y mettre le pied qu'une fois arrivé là, il y a plein de choses qui me paraissaient communes », raconte-t-il.
Le vide, l'élément le plus difficile à maîtriser
Dans la série, l'apprentissage à la japonaise se révèle exigeant. « Quand j'arrive derrière ce comptoir et que je commence à faire des sushis, j'ai grillé vingt-cinq ans de formation », plaisante Mory Sacko. Parmi les cinq éléments, le plus difficile à travailler est le vide : « C'était abstrait, c'était dur de donner du concret au vide », confie-t-il. En France, « le vide, il faut le remplir », et lui, qui aime les assiettes généreuses, doit apprendre à retirer des éléments.
Sa quête du vide le mène à Hiroshima, où une rencontre bouleverse son regard. En cuisinant avec une survivante du bombardement atomique, l'aventure dépasse le défi gastronomique : « On a beau intellectualiser la chose autant qu'on veut, au bout d'un moment, il s'agit de manger », rappelle-t-il. Après l'évocation de souvenirs douloureux, le passage en cuisine change l'atmosphère : « On n'est plus dans la tristesse, on est dans la joie ». Un épisode particulièrement émouvant.
Les secrets d'un bento réussi
Sans révéler si le chef parisien atteint son objectif, Mory Sacko livre ses conseils pour un bento réussi : « Pensez que ça va être mangé froid », d'abord. Ensuite, il faut qu'il se mange simplement. Enfin, le chef ne transige pas : « Il faut que ce soit bon, sinon il ne faut pas le manger ». Interrogé sur la difficulté de cette mission par rapport à une étoile Michelin, il tranche : « Ça reste quand même de décrocher une étoile Michelin ». Il relève toutefois le niveau du défi : « Encore plus dur, ce serait d'avoir une étoile avec un bento. Et là, je ne suis pas sûr d'y arriver ». Une mission potentielle pour une prochaine saison.