Le festival de cinéma Cinéalma fête ses 20 ans à Carros du 9 au 18 octobre 2026, avec une programmation de 32 films venus de 18 pays, dont 19 inédits en France et dix avant-premières. Parmi les temps forts, le premier film turc réalisé entièrement en intelligence artificielle, « Post Truth » d'Alkan Avcıoğlu, et « La Bola Negra » de Javier Calvo et Javier Ambrossi, récompensé du prix de la mise en scène à Cannes 2026.
Un festival né d'un écran noir devenu rendez-vous méditerranéen
Il y a vingt ans, le cinéma à Carros n'existait pas. Charles Scibetta, alors premier adjoint chargé de la politique de la ville, a eu l'idée d'y créer un festival de cinéma autour des productions du Maghreb. Avec une idée en tête : « attirer aux projections des habitants éloignés de cet art et changer le regard porté sur les diverses cultures qui peuplent Carros », raconte le fondateur de Cinéalma.
Pour projeter les films, il a fallu négocier des créneaux avec le Forum Jacques-Prévert, acheter un projecteur et obtenir l'agrément du CNC. Le cinéma s'est installé dans la salle Juliette-Greco, qui ne lui était pas prédestinée. La mayonnaise a pris : des spectateurs ont confié à Charles Scibetta que c'était leur première fois au cinéma. « Là, je me suis dit qu'on tenait quelque chose de fort », se souvient-il.
Une programmation qui reflète l'âme de la Méditerranée
Dès 2007, Cinéalma a élargi son horizon au-delà du Maghreb pour refléter « l'âme de la Méditerranée », Carros étant une ville de familles italiennes, espagnoles, portugaises et de cultures des deux rives. L'ambition : montrer des cinémas qui valorisent les cultures et faire suivre les films de rencontres avec ceux qui les fabriquent.
Au fil des années, les grands noms ont défilé : Fanny Ardant, Carlos Saura, Marco Bellocchio. Chaque édition touche en moyenne 6 000 personnes, une performance pour une ville qui en compte un peu plus du double. Le principe reste familial : une vingtaine de bénévoles font tourner la manifestation, dont cinq visionnent les films en amont et les programment.
Des rencontres et des thèmes d'actualité
Pour cette édition anniversaire, le réalisateur algérien Merzak Allouache, premier parrain de Cinéalma en 2006, présente « Première ligne », une comédie sur une plage algéroise où une famille se retrouve prise dans des guerres de voisinage. La projection du 10 octobre sera suivie d'une master class. Michel Boujenah sera présent le 14 octobre pour « Enterrement en sursis », aux côtés du réalisateur Mohammed Marouazi.
La 20e édition met aussi en avant les femmes. « Tu n'es pas seule », documentaire de Julie Perreard, suit en Corse des colleuses qui dénoncent les violences sexistes et sexuelles. « Belle de nuit », « Lella », « The Station », « Sorda », « Hijra » ou « Les Fraises » font entendre des voix féminines. « Cotton Queen » raconte le destin d'une adolescente soudanaise dans un conflit autour de son village cotonnier.
Des curiosités et des avant-premières
« Post Truth », du Turc Alkan Avcıoğlu, entièrement réalisé en intelligence artificielle, détonne dans un festival attaché à l'humain, mais correspond à l'envie de Cinéalma de regarder ce qui bouleverse notre manière de raconter le monde. « La Bola Negra », présenté en avant-première le 18 octobre, entrelace trois époques de l'Espagne et trois destins masculins autour du désir, de la souffrance et de l'héritage.
Le festival propose aussi « Africa Blanca » du Marocain Azlarabe Alaoui Lamharzi, « Goundafa, le chant maudit », « Palestinian on the Road », « Chinas » ou « Les Demandeurs d'asile ». Les séances ont lieu du 9 au 18 octobre à la salle Juliette-Greco à Carros, au prix de 3 euros la séance. Le programme complet est disponible sur cinealma.fr.