Alors que la Formule 1 n’a jamais été aussi populaire, voilà une occasion unique de revivre l’épopée d’un championnat créé en 1950. Car cette exposition retrace, de manière très didactique, l’évolution de la discipline autour d’une cinquantaine de voitures qui ont marqué l’histoire de la discipline, des bolides des premiers héros qui risquaient leur vie à chaque course aux monoplaces ultra-sophistiquées de ces dernières années.
Elle permet ainsi de mesurer l’incroyable progression technique de voitures de plus en plus efficientes, en passant du développement d’écuries employant désormais des centaines de personnes à l’évolution des circuits vers toujours plus de sécurité.
Des pionnières…
Parmi les 50 voitures exposées sur un parcours chronologique, il y en a certaines qui ont valeur de jalons historiques. L’Alfa Romeo 159 Alfetta de 1951, qui a permis à Juan Manuel Fangio de devenir le premier champion du monde de l’histoire de la F1, en fait naturellement partie.
Ensuite, il ne faudra pas manquer l’avant-gardiste Bugatti 251 de 1955, dont le moteur 8 cylindres en ligne est placé non seulement à l’arrière, mais aussi en position transversale ! Devant ramener la marque de Molsheim sur les pistes, la 251 inaugurait aussi une suspension dont les principes sont encore en vogue aujourd’hui sur les circuits. Bugatti étant déjà aux prises avec des difficultés économiques, cette étonnante monoplace n’est apparue qu’une fois sur les pistes de course, au Grand Prix de France 1956, à Reims, avec Maurice Trintignant au volant.
La généralisation du positionnement du moteur à l’arrière, derrière le pilote, illustrée par la Lotus Climax 33 de Jim Clark, n’est intervenue qu’au début des années 1960. La Matra MS 80 présente également une valeur historique, puisque c’est la seule Formule 1 construite en France à avoir remporté un titre constructeur, et c’est à son volant que l’Écossais Jackie Stewart a remporté en outre son premier titre de champion du monde, à Monza (Italie), en 1969.
... aux monoplaces des années 2010
La Renault RS10 de 1979 est une autre F1 française remarquable. Conduite par Jean-Pierre Jabouille au Grand Prix de France à Dijon, elle a fait gagner, pour la première fois, un moteur turbo, provoquant ainsi, lors des saisons suivantes, la généralisation de cette technologie. Au rayon des voitures qui ont marqué leur époque du fait de leurs innovations techniques, il faut citer également la Ferrari 312B de 1970, célèbre pour son 12 cylindres à plat, la Williams FW14B et sa suspension active, ou encore la Mercedes W11 de 2010, considérée comme d’une des monoplaces les plus performantes avec sa puissance cumulant plus de 1 000 ch. Une absente toutefois, la Lotus 78, qui inaugura l’ère des voitures à effet de sol. À citer enfin, la Benetton B195, qui vu Michael Schumacher remporter son deuxième titre de champion du monde au GP du Pacifique, en 1995, ou la Ferrari F2007, qui a permis à Kimi Räikkönen d’être, aujourd’hui encore, le dernier champion du monde couronné au volant d’une voiture issue de l’usine de Maranello (Italie).
L’exposition ne se limite pas à un alignement de bolides. Elle propose surtout une lecture historique, technique, culturelle et humaine de la discipline. Conçue avec l’aide des grandes collections institutionnelles, constructeurs, musées internationaux et archives historiques, elle met en perspective la Formule 1 comme patrimoine industriel et culturel. La scénographie, volontairement spectaculaire mais lisible, permet au visiteur, passionné ou néophyte, de comprendre comment la Formule 1 s’est construite, pourquoi elle fascine toujours et en quoi elle a participé à la transformation de l’automobile.
La folie des frères Schlumpf
Le Musée national de l’automobile abrite la plus importante collection automobile du monde, réunissant plus de 600 voitures d’exception, dont 430 sont classées aux Monuments historiques. L’endroit continue à être imprégné par la folie de ses créateurs, les frères Hans et Fritz Schlumpf. Deux industriels franco-suisses qui, tout en constituant leur collection de voitures anciennes, se sont également rendus coupables d’un abus de bien social qui a fait date dans l’histoire de la région. L’histoire du musée a ainsi commencé en 1977, lorsque des ouvriers de l’usine de filature en faillite des frères Schlumpf, en grève pour protester contre leur licenciement, y ont pénétré une nuit par effraction. La découverte de la collection, véritable trésor caché pendant plus de vingt ans, provoqua l’occupation des locaux, puis, plus tard, la condamnation des deux frères et la confiscation de leur impressionnante collection.
Le musée national leur rend toutefois hommage. En les citant, évidemment, dans un espace qui leur est dédié, mais également en ayant maintenu la décoration originale du bâtiment, laquelle est rendue tout à fait singulière par la présence de centaines de lampadaires, copies conformes de ceux qui bordent le pont Alexandre-III, à Paris.
Musée national de l’automobile – Collection Schlumpf. 17, rue de la Mertzau, 68100 Mulhouse. Informations pratiques : www.musee-automobile.fr



