Une découverte fortuite sur internet
Tout commence par le hasard d’une recherche sur internet en décembre 2023 depuis Paris. Annelise Landureau, communicante et fondatrice de l’association La Drôlesse à Fouras, se souvient de ce point de départ fortuit : « Je suis adepte de la chine en ligne, je tape machinalement « photo ancienne Fouras » ». Elle tombe alors sur le site d’un libraire spécialisé de Gradignan (33) qui propose un lot intrigant, sobrement intitulé « Fouras 1900 ».
L’annonce la fascine immédiatement : « Il vendait 60 plaques photographiques au gélatino-bromure d’argent, des plaques en verre toutes noires ». Les quelques clichés numérisés par le vendeur pour faciliter la vente agissent comme un aimant. « Je regarde les images, je trouve ça si beau et je reconnais la plage sud, c’est magnifique, je me dis mais qui sont ces gens ? » Ce qui la frappe particulièrement, c’est l’intemporalité de l’attitude des sujets photographiés, notamment sur un cliché où l’on voit des jeunes gens sauter depuis un ponton en bois sur la plage. Il semble que depuis toujours les enfants inventent des jeux et prennent la pose à la plage.
Une villa mystérieuse
Parmi ces images d’un autre temps, une maison de villégiature retient son attention. Des fragments manuscrits, laissés par le photographe anonyme, enveloppent les souvenirs : « il y avait marqué « Une journée à Fouras été 1900, Villa Monsanson, avec Papa, Maman, Suzanne, Yseult et Anne » ». L’ennui laissant rapidement place à une curiosité quasi obsessionnelle, Annelise commence alors une véritable enquête de terrain minutieuse. « Pendant plusieurs mois, le temps de vacances scolaires ou de séjours à Fouras, je fais toutes les rues qui partent de la plage sud en essayant de repérer le même toit et la même forme des fenêtres de la maison. Et je la trouve ! » Sur la façade, le nom gravé a changé. Il n’y a plus écrit « Monsanson » mais « La Méduse ».
Piquée au vif, elle finit par recontacter le libraire bordelais mais il est trop tard. « Je les ai vendues aux archives du coin. » En fait, l’acheteur n’est autre que la médiathèque de Rochefort. Sur place, elle rencontre Agnès Lumineau, en charge du fonds. Ensemble, elles ouvrent les boîtes et la machine s’emballe. Annelise obtient des documents au cadastre. Elle apprend que la maison a été vendue dans les années 30 à la famille Coudein, célèbre lignée liée au commandant du tristement célèbre radeau de la Méduse, ce qui explique le nouveau nom de la bâtisse.
À la recherche du photographe
Mais qui est le photographe originel ? Une photo la met sur la bonne piste. « Sur une photo, on voit des soldats de la marine coloniale. Des gens tout en blanc et je me dis mais c’est un mariage ! Est-ce que Suzanne ne s’est pas mariée en 1900 ? » Elle se lance alors dans les registres d’état civil de Rochefort et de Fouras des mariages entre 1898 et 1903. Elle identifie enfin les fiancés : Suzanne Gorron et Louis Pouvreau. Derrière l’objectif de l’appareil photo, c’était Louis.
Mieux encore, Annelise, avec le concours du Service historique de la Défense de Rochefort, retrouve les mémoires de Marcel Pouvreau, le fils unique du couple, né à Madagascar en 1901, et qui avait rédigé un journal durant la Deuxième Guerre mondiale où il raconte sa jeunesse et ses vacances à Fouras.
Un été ressuscité
Habitée par cette trouvaille, l’ambition de la jeune femme grandit. « C’est comme ça qu’est née l’envie de montrer ces photos à d’autres et d’essayer de dessiner la manière dont j’allais le raconter. » Malgré les embûches administratives et financières – « J’ai mis un an à réunir les financements. L’Agglo d’abord, la commune ensuite et surtout grâce à l’important soutien de certains commerçants de Fouras » – le projet voit le jour, labellisé par le ministère de la Culture dans le cadre du Bicentenaire de la photographie.
La démarche prend une tournure plus bouleversante puisqu’Annelise a retrouvé en 2025 la trace de l’arrière-petite-fille du photographe. « Elle m’a partagé de nombreux documents de famille, photos, et cetera. Cela m’a permis de confirmer mes hypothèses et de découvrir aussi que Suzanne et sa sœur Yseult avaient fréquenté les soirées de Pierre Loti. »
Dès cet été, du 1er juillet au 20 septembre 2026, l’exposition « Les Plaisirs et les jours : Fouras, leur été 1900 » prendra ses quartiers sur la place Carnot. Au total, une vingtaine de photographies installées sur de grands panneaux reconstitueront l’intimité estivale de cette famille et l’essor du tourisme balnéaire de ce tout début du XXe siècle. Des légendes et un QR code compléteront le dispositif et offriront tous les détails historiques de la démarche.
En parallèle de ce musée à ciel ouvert, l’aventure se décline sur papier. Les Éditions indépendantes La Bouinotte publieront en juin 2026 un ouvrage dédié. Un livre d’une quarantaine de pages regroupant les clichés, les textes et le fruit de ces recherches acharnées. À travers ces photos en noir et blanc, c’est toute la magie d’un Fouras de la Belle Époque qui refait surface. Par son obsession patrimoniale, Annelise Landureau a remis en lumière ces fantômes du bord de mer, pas si éloignés de nous.



