La 60e édition de la Biennale de Venise, qui se tient jusqu'en novembre 2026, s'annonce comme l'une des plus controversées de son histoire. Sous le commissariat de l'artiste et critique italien Stefano Mancuso, l'exposition intitulée « Le Corps et l'État » explore les rapports de force entre l'individu et les institutions. Dès l'ouverture, plusieurs œuvres ont suscité des réactions vives, allant de l'admiration à l'indignation.
Une performance choc au pavillon central
Dans le pavillon central des Giardini, l'artiste française Laure Prouvost présente une installation immersive intitulée « La Loi du plus fort ». Des vidéos projetées sur des murs de verre montrent des danseurs se heurtant à des barrières métalliques, tandis qu'une bande-son répète en boucle des extraits de discours politiques. « C'est une critique de la violence institutionnelle, mais aussi de la résistance corporelle », explique Prouvost, qui avait déjà fait sensation à la Biennale de 2019.
Non loin de là, le pavillon allemand expose une série de sculptures en acier représentant des figures humaines ligotées, réalisées par l'artiste turc Erkan Özgen. L'œuvre, intitulée « Sans titre (2026) », a été partiellement recouverte d'un voile noir par les autorités italiennes après des plaintes de l'ambassade turque, qui y voit une « provocation inutile ». La décision a provoqué une vague de protestations parmi les artistes et les critiques, certains dénonçant une censure politique.
Des débats sur la liberté d'expression
Le thème de la censure est au cœur des discussions cette année. Un colloque organisé le 12 mai a réuni des artistes, des juristes et des philosophes pour débattre des limites de l'art engagé. « La Biennale doit rester un espace de liberté, même si cela dérange », a déclaré le commissaire Mancuso, qui a défendu le choix des œuvres exposées. Cependant, certains pays participants, comme la Russie et la Chine, ont retiré leurs pavillons officiels, préférant des présentations parallèles dans des palais privés.
Le pavillon français, quant à lui, mise sur l'humour et l'absurde. L'artiste Camille Henrot présente une série de dessins animés projetés sur des écrans géants, où des personnages bureaucratiques tentent de contrôler des explosions de couleurs. « C'est une manière de rire des absurdités du pouvoir », explique-t-elle.
Un public partagé
Les visiteurs, venus nombreux pour cette édition très attendue, sont partagés. « Je trouve ces œuvres trop agressives, je viens pour la beauté, pas pour la politique », confie Maria, une touriste italienne. À l'inverse, le jeune étudiant en art Lukas, de Berlin, estime que « l'art doit bousculer les consciences. C'est exactement ce dont nous avons besoin aujourd'hui ».
La Biennale de Venise 2026 se poursuit jusqu'au 22 novembre, avec des performances programmées chaque week-end. Les organisateurs espèrent que les polémiques n'éclipseront pas la richesse des propositions artistiques. Une chose est sûre : cette édition restera dans les mémoires comme celle où l'art contemporain a montré ses dents.



