Laurent Voulzy se livre dans 'Caché derrière' : confidences et tournées
Laurent Voulzy : confidences dans 'Caché derrière'

Passer de la musique à l’écriture pour consigner par écrit quelques souvenirs d’enfance et résumer sa vie n’était pas évident pour le discret et pudique Laurent Voulzy. Il s’est tout de même lancé dans l’exercice grâce à sa compagne, l’écrivaine bretonne Isaure Le Faou, qui l’a poussé à raconter les choses qui lui tiennent à cœur, comme ses relations avec sa mère, ses débuts dans le métier, sa rencontre avec Alain Souchon ou encore son goût pour le sacré.

Dans Caché derrière, le chanteur-compositeur lève le voile sans trop se mettre en avant, comme si parler des gens qu’il aime était plus important. Aujourd’hui, il est en tournée dans toute la France jusqu’en 2027 où il chante à la fois dans les salles et les églises. Très actif, il avance en parallèle sur son projet autour de Jeanne d’Arc au théâtre et a lancé un site baptisé Rêveur Dream, ouvert à tous les internautes qui veulent partager leurs rêves. Confessions à micro ouvert.

Un exercice difficile mais libérateur

Le Point : Ça fait longtemps que vous deviez écrire vos mémoires. Finalement, les voici. Est-ce difficile de se livrer à soi-même et aux autres ?

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Laurent Voulzy : Oui, c’est toujours personnel et je me disais : « ça ne va pas intéresser grand monde ». Ma compagne Isaure Le Faou m’a convaincu du contraire après avoir écrit un joli texte sur un de mes souvenirs d’enfance. Ça a révélé quelque chose en moi. Du coup, on s’est lancés dans un travail à quatre mains.

Que signifie le titre « Caché derrière » ?

En dehors de ma carrière, il y a des choses plus personnelles que je révèle.

Lesquelles ?

Les relations avec ma mère, Malyse Voulzy, qui était danseuse et travaillait beaucoup. Elle m’a confié à des nourrices quand j’avais deux ans et demi. Elle m’a récupéré plus tard. On était quatre enfants dans la famille et en grandissant, je me suis rendu compte de tout ce qu’elle faisait pour nous. Elle m’a donné un exemple de courage. Elle me racontait des histoires sur son enfance aux Antilles que je ne connaissais pas et m’a donné le goût de la musique, des voyages, tout ce qui me faisait rêver. Je ne me souviens pas d’avoir été très malheureux et, finalement, j’ai eu une enfance heureuse.

La place du père

Quelle est la place de votre père, Lucien Gerville-Reache, homme d’affaires et politicien disparu aujourd’hui et que vous n’avez pas beaucoup connu ?

C’était un personnage qui avait un nom aux Antilles. Son arrière-grand-père et son grand-oncle siégeaient à l’Assemblée nationale. Ils étaient proches de Victor Schœlcher, qui a agi pour l’abolition de l’esclavage. J’ai vu ma mère parfois pleurer en parlant de lui. Quand je l’ai rencontré, j’avais quinze ans. On n’a jamais eu de discussion profonde sur sa vie, la mienne, sa relation avec ma mère, son absence. C’est très curieux.

La rencontre avec Alain Souchon

Parmi les nombreuses rencontres de votre carrière il y a, bien entendu, Alain Souchon, décrit comme un « original au sens le plus noble du terme », une sorte d’aristocrate, de rebelle… Mais encore ?

Alain peut être imprévisible et a un incroyable talent de plume. En même temps, il est visionnaire, que ce soit avec Foule sentimentale ou une chanson comme Oiseau malin, dans laquelle il sentait monter la colère des gens, quelques mois avant Les Gilets jaunes. Ça m’avait marqué. On a été élevés dans des mondes différents, lui, plus bourgeois dans le XVe et le VIe de Paris, moi, plus modeste en banlieue mais on avait quelques points communs : ma maman était danseuse, la sienne écrivait des livres.

Alain était plus attiré par la littérature et la poésie et moi par le rock anglo-saxon. Il a commencé à chanter dans les cabarets et moi dans les clubs. On a réussi quand même à se retrouver dans tout ça et à en faire une belle rencontre qui dure. Quand on se voit ou quand il m’appelle au téléphone, il a ces mots : « dis-donc Laurent, on a eu du bol de se rencontrer quand même ». Je lui réponds : « tu as raison Alain ». Puis, on raccroche. Alain et moi, ce sont les souvenirs d’une vie. C’est très beau et très simple.

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Souvenirs musicaux et influences

Y a-t-il une chanson ou une musique qui ont marqué votre enfance et votre adolescence ?

Quand j’entends Méditerranée, chanté par Tino Rossi, je me revois sur le perron de la maison à Pavillon-sous-Bois où j’habitais, c’est drôle. Il y a aussi Il court, il court le furet quand on allait faire la sieste. Avec le temps, je trouvais que c’était une très jolie mélodie. Plus tard, j’ai découvert le rock avec mes cousines chez mon oncle, dans sa maison de campagne en Eure-et-Loir. Il possédait beaucoup de 45 tours que j’écoutais en boucle, comme Tutti Frutti de Little Richard. Une révélation et un merveilleux souvenir.

Qu’écoutez-vous en ce moment ?

Des vieux Rolling Stones ou le premier titre des Beatles, Love me do. J’écoute aussi de la musique baroque, Hildebard de Bingen, et beaucoup Debussy et Ravel. Je bascule alors dans un autre monde.

Concerts dans les églises et spiritualité

Quels souvenirs gardez-vous de vos concerts dans les églises et les cathédrales ?

C’était une expérience extraordinaire, merveilleuse. J’ai fait de belles rencontres avec des prêtres, des bonnes sœurs et des historiens. C’est un sujet qui me passionne depuis que j’ai l’âge de 17-18 ans. J’ai écrit un livre, Mes cathédrales (2021, chez Stock) qui m’a permis d’approfondir ma recherche spirituelle. Je travaille actuellement sur ma pièce de théâtre sur Jeanne d’Arc. J’ai une vraie connexion avec le sacré, le religieux et peut-être Dieu.

La passion des rêves

D’où vient aussi votre passion pour les rêves ?

J’écris mes rêves depuis 1980 et leur mystère m’intrigue beaucoup. Ça fait au moins une dizaine d’années que j’ai envie de créer une banque de données sur le rêve. J’en ai parlé à une amie, Anne-Sophie Bordry, une entrepreneuse sélectionnée comme « Ambassadrice IA » par le gouvernement, et on a lancé avec une équipe de programmeurs, le site Rêveur Dream, accessible aux internautes du monde entier qui peuvent partager leurs rêves.

Intérêt pour la politique

Dans Caché derrière, vous évoquez Charles de Gaulle et ses conférences de presse et l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Intéressé par la politique ?

Oui. Je regarde facilement les émissions politiques, la meilleure façon de se faire une opinion. J’ai des amis de droite et de gauche, pas des extrêmes, et j’arrive à m’entendre avec eux. Mais bon, je ne suis pas un militant.

Impressions après l’écriture

Quelles sont vos impressions après avoir co-écrit ce livre ?

Très honnêtement, c’est tellement frais que je ne m’en rends pas compte. Je trouve qu’Isaure Le Faou, ma compagne, a été exceptionnelle parce qu’elle m’a fait dire des choses que je n’aurais pas osé dire et surtout elle a vu en moi des choses que je n’aurais pas vues.

Laurent Voulzy : Caché derrière (Le Cherche Midi, 215 pages, 19,80 euros). Actuellement en tournée dans toute la France.