Deux maisons d'édition, l'une française et l'autre algérienne, les éditions Philippe Rey à Paris et Barzakh à Alger, viennent de lancer une nouvelle collection littéraire nommée Khamsa. Ce terme désigne le symbole berbère de la main de Fatma, utilisé en Afrique du Nord comme amulette contre le mauvais œil. L'objectif est de publier conjointement des textes littéraires traduits depuis l'arabe, provenant d'auteurs et d'autrices des cinq pays du Maghreb : Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie.
Contrer l'invisibilité de la littérature maghrébine contemporaine
Cette collection vise à contrecarrer l'invisibilité, en France et dans le monde francophone, de la vivacité de la littérature maghrébine contemporaine en langue arabe. Les éditeurs expliquent que des imaginaires puissants traversent le Maghreb, mais sont souvent réduits en Occident à des chroniques sur le terrorisme, la migration clandestine ou les dictatures. Khamsa donne à voir des auteurs qui, en renouant avec une langue arabe vivante et subversive, affrontent les désordres de leur société.
Les premiers titres
Les deux premiers titres parus ont reçu un bel accueil critique en France. Le premier est un recueil de nouvelles de l'écrivain algérien Salah Badis, Des choses qui arrivent, qui dresse le portrait d'Alger et de sa banlieue à travers neuf textes percutants. Le second ouvrage est du Tunisien Aymen Daboussi, Les Carnets d'El-Razi, un journal de bord d'un psychologue dans un hôpital psychiatrique près de Tunis, disséquant la société tunisienne. Les deux ouvrages ont été traduits par Lotfi Nia.
Entretien avec Sofiane Hadjadj
Comment est née cette idée ? L'idée a germé en décembre 2020, pendant la pandémie. Constatant que la littérature arabophone du Proche-Orient était bien traduite, Sofiane Hadjadj s'est recentré sur le Maghreb. Il a contacté Philippe Rey, qu'il connaissait, et un accord a été trouvé en un quart d'heure.
Pourquoi cette littérature a-t-elle mal circulé ? La littérature maghrébine moderne est née en français pendant la colonisation. Aujourd'hui, l'écriture majoritaire est arabophone, mais l'édition française ne le reflète pas. La Mauritanie et la Libye sont des angles morts à explorer.
Pourquoi la traduction est-elle un parent pauvre ? La traduction de qualité nécessite des investissements conséquents et une implication des institutions publiques. Le Maghreb est en retard par rapport aux pays du Golfe.
Une manière de dire que l'arabe est une langue vivante ? Oui, cette collection vise à montrer que l'arabe est une langue comme une autre, capable de dire le monde contemporain, à travers le rap, le raï, la presse et la fiction.
Prochaines parutions ? La collection publiera deux titres par an. Pour l'année prochaine, est prévu Le Désastre de la maison des notables d'Amira Ghenim, traduit par Souad Labbize. D'autres titres du Maroc et de Libye sont en gestation.



