Crise chez Grasset : les auteurs se mobilisent après le départ d'Olivier Nora
Crise chez Grasset : mobilisation des auteurs après le départ de Nora

Une fronde d'auteurs secoue Grasset après le départ d'Olivier Nora

Le départ soudain d'Olivier Nora de la direction de Grasset, maison d'édition contrôlée par le milliardaire Vincent Bolloré, a déclenché une vague de protestations parmi les auteurs. De nombreux écrivains préparent activement une riposte collective, percevant derrière cette éviction la main du propriétaire conservateur. Cette crise éclate à la veille de l'ouverture du Festival du Livre de Paris, mettant en lumière les tensions croissantes dans le monde de l'édition française.

Mobilisation collective et premiers départs

Une action commune est en cours de préparation par des dizaines d'auteurs, dont beaucoup dénoncent avec véhémence ce qu'ils qualifient d'éviction injuste. Olivier Nora dirigeait Grasset depuis vingt-six ans, faisant de cette maison l'un des fleurons du groupe Hachette. Un membre anonyme d'un collectif d'une centaine d'auteurs explique : La parole individuelle ne suffit pas, il faut agir collectivement. Ce groupe devait se réunir en fin de journée pour concrétiser leur mobilisation.

Certains auteurs historiques de Grasset ont déjà annoncé leur intention de quitter la maison, qui compte dans son catalogue des noms prestigieux comme Virginie Despentes, Vanessa Springora ou Gaël Faye. Sorj Chalandon a déclaré sans ambages : J'ai toujours dit que si on touchait un cheveu d'Olivier Nora, je partirais de Grasset et ma position n'a pas changé. L'essayiste Bernard-Henri Lévy a quant à lui écrit sur X qu'il suivrait Olivier Nora là où il irait.

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Le livre de Boualem Sansal au cœur des tensions

Aucune raison officielle n'a été fournie pour expliquer le départ de cet éditeur respecté. Selon une source proche du dossier, le divorce serait lié à la publication du prochain livre de Boualem Sansal. L'arrivée de cet écrivain chez Grasset en provenance de Gallimard avait fait grand bruit en mars. La source indique : Les deux parties ont fait le constat d'un désaccord sur l'opportunité de publier cet ouvrage, consacré à la détention de l'écrivain franco-algérien en Algérie.

Olivier Nora souhaitait attendre l'automne pour la publication, alors que d'autres parties préféraient une sortie dès juin. Cette version est cependant contestée par Boualem Sansal lui-même, qui a déclaré dans une interview à TV5Monde : Nora lui-même m'a écrit un très long message en me disant 'tu n'y es pour rien'. L'écrivain a même proposé de montrer ce message pour étayer ses propos.

Recomposition stratégique sous l'ère Bolloré

Le départ d'Olivier Nora s'inscrit dans une série de changements au sein des maisons contrôlées par Hachette Livre, le leader français et troisième éditeur mondial. Vincent Bolloré impulse depuis plusieurs années une recomposition stratégique du groupe. Arnaud Nourry, PDG pendant dix-sept ans, et Sophie de Closets, la patronne de Fayard, sont ainsi partis suite à des désaccords avec la nouvelle orientation.

Depuis ces départs, Fayard, traditionnellement réputé pour ses ouvrages d'histoire, a principalement publié des auteurs marqués à droite ou à l'extrême droite comme Nicolas Sarkozy, Jordan Bardella et Philippe de Villiers. Chez Grasset, Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, succède à Olivier Nora. Cette crise devrait être largement débattue au Festival du Livre, qui s'ouvre jeudi soir au Grand Palais, mettant en lumière les transformations profondes du paysage éditorial français.

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