Boualem Sansal, otage des passions françaises : au-delà de la polémique Grasset
Boualem Sansal, otage des passions françaises

Boualem Sansal, otage des passions françaises : au-delà de la polémique Grasset

La controverse liée au départ d’Olivier Nora des éditions Grasset ne doit pas éclipser le cœur du débat, typiquement français, voire parisien. À l’origine de ce tumulte, un changement d’éditeur ; derrière ce changement, la volonté de liberté d’un homme jugeant les conditions inadéquates ; et au fond de cette volonté, un besoin impérieux de rétablir les faits, loin du récit politico-médiatique tissé lors de son retour de captivité.

Un brouhaha qui cache l'essentiel

Derrière ce vacarme empreint d’indignation, de postures et de polarisation idéologique exploitée par tous les camps, se dissimule avant tout le destin d’un homme et de son œuvre. À peine libéré de prison, otage d’une dictature, Boualem Sansal se retrouve à nouveau captif : otage de ces « passions » qui, en France, aveuglent sur l’essentiel et trahissent une certaine immaturité démocratique.

Quelque chose de vénéneux émerge ainsi. Une journaliste du Monde s’autorise, dans une émission du service public, à nier les qualités littéraires de l’écrivain, affirmant que ses livres ne rencontrent pas de succès, au mépris des chiffres de vente. À Bruxelles, son entrée prochaine à l’Académie Royale de Belgique soulève des questions chez ceux qui ignorent les maux du séparatisme minant une société communautarisée.

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Plus que jamais, Boualem Sansal incarne l’empêcheur de tourner en rond, le révélateur de nos travers, mais aussi le bouc émissaire implicite des pharisiens d’une bien-pensance « progressiste ». Il y a quelque chose de toxique, voire d’infâme, dans cette campagne sournoise qui le vise, précisément parce qu’il reste fidèle à lui-même, loin des diktats du prêt-à-penser.

Un intellectuel marqué par l'expérience

Boualem Sansal se distingue de nombreux intellectuels par une cohérence préalable. Son indignation n’est pas une routine ou un mode de vie, mais une nécessité vitale. Contrairement à ceux qui pétitionnent ou déclament, Sansal s’est heurté au concret : à la dureté d’une dictature, à la violence des islamistes, à l’histoire falsifiée du pouvoir algérien. Cette confrontation charnelle lui confère une épaisseur d’expérience méritant le respect.

Face à une réalité où il en va de la vie ou de la mort, de la liberté ou de la prison, il a mis « sa peau au bout de ses idées ». Il dénonce sans relâche : le danger du fanatisme islamiste, la brutalité d’un régime hostile à son peuple et à la France, et l’aveuglement d’une classe dirigeante parisienne préférant inventer des périls imaginaires plutôt que de regarder les dangers réels en face.

Le poids de la vérité dans un milieu conformiste

On aurait pu croire que le retour de l’ancien otage susciterait respect et unanimité. Hélas, Sansal, tout comme il a dénoncé les mensonges algériens, n’a pas été dupe des duplicités parisiennes. Que lui reproche-t-on, sinon son engagement pour la vérité et la liberté de l’exprimer ? Après Le Serment des barbares, il affronte désormais le « serment des idéologues » qui, loin des combats réels, imposent leurs certitudes comme une assurance-vie sociale dans un milieu très conformiste.

Plus que jamais, Boualem Sansal revêt « la tenue de combat » qu’il associe à l’écriture ; plus que jamais, il incarne l’inspecteur Si Larbi, traquant avec obstination la vérité dans une société fracturée. Cette vérité révèle l’« éternel retour » de « la trahison des clercs », où l’hubris collective confond le sens de l’histoire avec celui de ses intérêts, répétant les mêmes erreurs dans un mantra d’amnésie.

La voix d'une France discrète mais déterminée

Sansal est un « traître » pour Alger, et l’est aujourd’hui pour une partie du monde intellectuel français. Pourtant, nombreux sont ceux qui protestent aujourd’hui sans s’être mobilisés pour sa libération. Ce n’est pas tant la France culturelle qui s’est levée, mais celle des élus locaux, des anonymes, des invisibles, qui ont œuvré pendant un an pour sa liberté.

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À sa manière, il était la voix d’une France haute et libre. Pour ces soutiens, son incarcération fut une injustice et une humiliation. Dès qu’il a pu reconstituer le puzzle de son année d’effacement, Sansal a voulu témoigner, dire la signification profonde de cet événement, sur la crête d’une société tiraillée mais refusant d’abdiquer ses valeurs universelles. Le reste tend à brouiller une leçon de dissidence, pour des raisons obscures mais empreintes de ressentiment et de moralisme hypocrite.

Où qu’il publie, Sansal demeurera un sourcier malicieux et indomptable, qui, par-delà les querelles stériles, n’appartient qu’à lui-même et à sa mission : ne rien céder aux courants dominants et aux puissants.