Même à 65 ans, on peut vivre des premières fois. Comme chanter dans des arènes. Jeudi 23 avril 2026, point de taureau dans celles (couvertes) de Pontonx-sur-l’Adour, mais la voix du désormais « sage » Yannick Noah. Le chanteur, qui faisait face à un public de 1 100 personnes assises (beaucoup de têtes grises mais quelques jeunes) ne s’attendait visiblement pas à une telle ambiance. Tout le monde debout dès que l’occasion s’en présentait, des coins de salle improvisés pour la danse, des canons (les hommes d’un côté, les femmes, en nombre, de l’autre) qui fonctionnaient à merveille. À la base pensé comme un spectacle intimiste, « comme à la maison », acoustique, en duo seulement avec le guitariste Nicolas Paillet, le concert s’est terminé en giga fête, sous l’air dansant de « Saga Africa », le tout premier tube de l’ancien tennisman scandé pour le rappel.
Un spectacle entre calme et fête
Le spectacle d’un peu plus d’une heure trente avait pourtant commencé dans le calme. En première partie, un duo un peu trop sage, composé de la fille du chanteur, Eleejah Noah, et de son compagnon Naïm, alternant instants d’humour, danse et chant (la fille n’a d’ailleurs rien à envier à la voix de son père).
Puis l’artiste qu’on attendait surgit, tapi dans l’ombre, et entonne les premiers mots de son succès « Ose ». « Presque rien, juste un pas […], au moins essayer… » L’essai est rapidement réussi. « Mon Eldorado », « Les Lionnes »… On se rend rapidement compte que l’on connaît presque tous les morceaux. L’apanage des grands.
Des récits interruptifs
Le chanteur populaire – longtemps resté personnalité préférée des Français – a fait le choix audacieux de ne jamais ou presque enchaîner directement ses titres, et de raconter son parcours de vie entre chaque chanson, multipliant des récits interruptifs, sur ses parents, le Cameroun, le sport, souvent drôles, quitte parfois, hélas, à casser le rythme du concert. Plusieurs fois, le public s’est retrouvé debout, attendant le tube suivant, écoutant finalement cinq minutes de discours.
Des textes toujours d’actualité
Tout au long du spectacle, on est marqué par l’actualité de certains textes, pourtant vieux d’une vingtaine d’années. Déjà le chanteur évoquait la détresse des enfants de Gaza dans « Donne-moi une vie », revendiquait son identité métisse dans la chanson éponyme, célébrait la valeur des femmes dans « Les Lionnes » ou s’alarmait de « quelques pétrodollars contre l’existence » dans son tube écologiste « Aux arbres citoyens ».
Une préoccupation constamment tournée vers l’autre, que le chanteur aux pieds nus, vingt ans plus tard, ne finit toujours pas de livrer à son public. Et lorsque retentit le vibrant « La Voix des sages », ses fidèles spectateurs n’hésitèrent pas à le lui rendre, vaste foule unie et relevée en place du ruedo. Yannick Noah sera également en concert au Tube de Seignosse le 7 novembre 2026.



