Yann Guillarme, l'humoriste qui réveille la comédie française depuis son lit
Yann Guillarme, la révélation comique qui secoue la France

La découverte fortuite d'un talent comique unique

C'est par le plus grand des hasards, au fond d'un lit, que Dora a découvert Yann Guillarme. Dans un monde où le salon et la télévision ont disparu, tout se passe désormais sur l'ordinateur, connecté à Internet. C'est précisément sur Instagram, plateforme que l'auteur avait abandonnée après un piratage il y a une décennie, qu'elle est tombée sur cet humoriste singulier.

Un style qui marque les esprits

Yann Guillarme présente une technique remarquable, doublée d'une scansion unique et d'un physique qui rappelle un bébé Cadum attardé. Ses vidéos selfie en gros plan, avec leurs bafouillages dyslexiques évoquant Pierre Repp, créent un univers comique décalé. Certains le décrivent comme un Pierre Repp ayant avalé son Coluche de travers, tant son approche est déconcertante et novatrice.

Ses caricatures de beauf désinhibé possèdent un caractère addictif puissant, capable de détourner même les plus accros du contenu pornographique. Entre les sketches incontournables et ceux plus discutables, son travail suscite un mélange d'admiration et d'hilarité qui trouble le spectateur. Beaucoup se repassent ses vidéos en boucle pour tenter de comprendre la mécanique de son humour.

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Une carrière longtemps méconnue

La question qui se pose est : comment ce talent a-t-il pu échapper à la reconnaissance publique pendant si longtemps ? Il y a dix ans déjà, il créait le scandale au théâtre des Blancs-Manteaux avec son spectacle de 2016. Sa réputation supposée de gauchiste a-t-elle fait écran ? Cette explication semble bien faible face à la réalité.

La vérité est plus simple : beaucoup avaient perdu le goût des comiques et humoristes professionnels. L'accumulation de one-man-shows, l'influence du Jamel Comedy Club, et le coup de grâce porté par des expériences scéniques décevantes comme celle de Philippe Caubère avaient éteint l'enthousiasme pour l'humour formaté.

Le retour vers l'absurde et la revanche d'une génération

Yann Guillarme semble sonner l'heure de la revanche pour la génération ni-ni : ni black ni beur, ni trans ni corps malade. Normal, blanc, mi-gros mi-beauf, il émerge du purgatoire identitaire pour un retour vers l'absurde pur. Son travail représente un réveil de la syntaxe acrobatique, une célébration de la langue et du texte, avec pour seul accessoire des lunettes à verres fumés.

Parmi ses sketches les plus marquants, on retient son plongeon dans une piscine de friqué décomplexé, en simple caleçon, poitrine poilue et bedaine tendue, accompagné de son cri triomphal : "Je suis de droite ! Ouaf ouaf ouaf !" Le maire effaré par les progrès du remplacement déclarant : "Un milliard d'étrangers en France, rien que dans ma commune, en ressenti pour les gens" reste également dans les mémoires.

Son imitation du maire de Flasque soutenant l'humoriste Merwan Benla... Merwane Baladan... Beligilih, avec son fameux : "Je le soutiens en tout cas... peut-être pas le bonnet..." démontre sa maîtrise de la satire politique. Les édiles français gagneraient à l'inviter à leurs congrès, tant ses portraits sont percutants.

La reconnaissance médiatique enfin au rendez-vous

Reconnecté à Instagram, l'auteur peut désormais découvrir les 470 publications qu'il avait manquées. Arrivé sur Radio Nova en novembre 2024, où il semble avoir enclenché le début d'une véritable notoriété, le voilà racheté par TMC en septembre 2025. À 45 ans, un humoriste qui ne peut se payer un prime time chez Yann Barthès pourrait sembler avoir raté sa carrière, mais Guillarme défie les conventions.

Son apparition sur le plateau de Quotidien en éléphanteau, au milieu de ce magasin d'antiquités où chroniqueurs et public jouent à l'ancien temps de Canal, a créé l'événement. Au cœur de ce réchauffé nostalgique, notre Babar explose l'audience (selon toute vraisemblance), mais cède quelque peu à l'actualité et à la politique. Il joue le timide proxy des stars, s'éloignant quelque peu du Guillarme pur produit du Net que les fans avaient découvert.

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Même lors de son spectacle à L'Européen, une transformation s'opérait déjà. Et voilà que soudain, alors que l'auteur se repassait le sketch du maire de Flaque pour écrire cette chronique, la porte s'ouvre. Dora débarque, le regarde, fronce les sourcils et demande : "Qu'est-ce qu'il y a, habibi, tu pleures ?" La réponse fuse, immédiate : "Non non, je rigole."

Dans ses modules comiques, Yann Guillarme conserve quelque chose de cinglé, de naturel, le goût du fait maison et cette petite musique de l'intelligence instinctive qui remercie la connerie d'exister. Son parcours démontre qu'il n'est jamais trop tard pour que le talent trouve sa voie, même lorsqu'il émerge d'un lit, via Instagram, pour conquérir le paysage humoristique français.