Le retour attendu de Gore Verbinski après une décennie d'absence
Le célèbre réalisateur des trois premiers volets de la saga Pirates des Caraïbes et de Rango (Oscar du meilleur film d'animation en 2012) fait son grand retour sur les écrans après presque dix ans de silence. Gore Verbinski avait été durement touché par l'échec retentissant de son méga western Lone Ranger en 2015, puis à nouveau secoué par la déroute de son film d'épouvante A Cure for Life en 2016. Il retrouve enfin le chemin des salles avec Good Luck, Have Fun, Don't Die, disponible depuis le 15 avril.
Une fable punk hallucinée bricolée en catimini
Au programme de ce retour tant attendu : une fable de science-fiction punk et hallucinée que l'ancien habitué des blockbusters a dû réaliser avec des moyens limités, loin des grands studios. Tourné en Afrique du Sud avec un budget modeste, ce projet trop audacieux n'a trouvé preneur auprès d'aucune major hollywoodienne. "Pas le choix : aucun studio n'a voulu de ce projet trop foufou", confirme le cinéaste.
Un scénario déroutant sur la fin du monde
Ce film bouillonnant et déroutant débute par une prémisse originale : par une nuit pluvieuse à Los Angeles, un visiteur hirsute venu du futur fait irruption dans un diner bondé. Il annonce aux clients médusés que le monde sera bientôt éradiqué par une intelligence artificielle sur le point d'être inventée. Ce voyageur temporel a déjà remonté le temps 116 fois jusqu'à notre présent, tentant à chaque fois de recruter dans ce même établissement une équipe capable d'enrayer l'apocalypse. Sans succès jusqu'à présent.
La question centrale du film devient alors : va-t-il enfin choisir les bons candidats lors de cette 117e tentative ? En quoi consistera exactement leur mission périlleuse ? Et surtout, pourquoi ces personnes en particulier seraient-elles les élues pour sauver l'humanité ?
Une satire de nos addictions numériques
Satire cinglante de nos addictions aux univers virtuels, Good Luck, Have Fun, Don't Die jongle habilement avec les genres cinématographiques. Le film effectue un grand écart narratif entre des références aussi diverses que Un jour sans fin, Terminator 2 ou encore Matrix. Bizarre, inégal mais toujours singulier, l'œuvre trouve son propre code source malgré ses influences multiples. Elle offre même, dans un ultime acte délirant, une éruption de visions et de formes dignes de Salvador Dali.
Un tournage délocalisé en Afrique du Sud
Malgré une histoire se déroulant principalement à Los Angeles, le film a dû être tourné à Cape Town, en Afrique du Sud, pour des raisons budgétaires. "À L.A., c'est trop cher", explique Verbinski. Seule l'ouverture du film a été tournée clandestinement devant le fameux Norm's Diner de Los Angeles. Le reste de la production s'est déroulé en Afrique du Sud avec une équipe locale et seulement cinq acteurs venus spécialement des États-Unis et de Grande-Bretagne.
Interview exclusive : les confessions du cinéaste
Le Point : Tous les studios ont refusé de produire Good Luck, Have Fun, Don't Die, un projet que vous avez mis au moins quatre ans à monter. Pourquoi vous être autant acharné ?
Gore Verbinski : Quand un réalisateur envisage un projet, la seule question qu'il doit se poser est : pourquoi dois-je raconter cette histoire ? Si vous ne pouvez pas y répondre en dix secondes, allez bosser dans l'immobilier ! Pour ce film, la réponse hurlait d'elle-même. Regardez autour de vous : cette histoire devait être racontée maintenant. Notre cerveau reptilien n'a pas traversé 7 000 ans d'évolution pour qu'on finisse vissés à nos smartphones.
Le Point : Les franchises ont-elles tué l'autorité du réalisateur à Hollywood ?
Gore Verbinski : Je suis un glorieux hypocrite puisque j'ai moi-même lancé une grosse franchise avec les trois premiers Pirates des Caraïbes. Mais souvenez-vous : quand on a fait le premier film, c'était une vraie prise de risque. Quel que soit votre budget, il faut trouver en vous ce petit diable pour pirater le système de l'intérieur.
Leçons du passé et regard vers l'avenir
Interrogé sur l'échec cuisant de Lone Ranger en 2015, Verbinski reste philosophe : "J'essaie d'éviter de trop analyser les raisons pour lesquelles tout a si mal tourné. Si c'était à refaire, je referais exactement le même film." Le réalisateur conserve même une certaine fierté pour ce projet, notamment sa fin émouvante avec Johnny Depp qui s'éloigne vers l'horizon.
Quant à l'utilisation croissante de l'IA pour ressusciter numériquement des acteurs disparus, le cinéaste se montre catégorique : "Ah non, vraiment pas. Je ne veux pas emprunter ce chemin. Il y a tant de bons acteurs vivants sur le marché. Pourquoi les mettre au chômage ?"
Malgré une sortie confidentielle en France, Good Luck, Have Fun, Don't Die représente un retour en forme du cinéaste, qui prouve qu'on peut encore créer des œuvres singulières en dehors du système des grandes franchises hollywoodiennes.



