Un très mauvais pressentiment : quand l'horreur s'invite au mariage
Alors que deux jeunes mariés s'apprêtent à échanger leurs vœux devant leurs proches, certains débordent de certitudes à l'idée de passer leur vie avec leur âme sœur. Rachel, interprétée par Camila Morrone, éprouve quant à elle « un très mauvais pressentiment ». Le titre anglais annonce clairement la couleur : « something very bad is going to happen », soit « quelque chose de terrible va se passer ». Dès l'ouverture, le spectateur est prévenu par des cris déchirants et une interminable traînée de sang, rappelant la célèbre chanson des Rita Mitsouko : « les histoires d'amour finissent mal, en général ». Reste à découvrir comment, exactement.
Une production attendue avec impatience
Après l'interminable conclusion de Stranger Things sur fond vert, cette avant-dernière production des frères Duffer pour Netflix était attendue avec une impatience mêlée d'appréhension. Les créateurs, qui ont signé un méga contrat avec Paramount, ne sont ici que producteurs, confiant les clés du projet à une jeune créatrice de 31 ans : Haley Z. Boston. Son nom peut sembler inconnu, mais elle avait déjà démontré un goût lynchien pour le bizarre en tant que scénariste de la série Netflix Brand New Cherry Flavor, et avait également signé un épisode du Cabinet des curiosités, l'anthologie horrifique de Guillermo del Toro. Un début de carrière prometteur à Hollywood.
Le mariage comme source d'horreur
Haley Z. Boston cite Carrie et Rosemary's Baby comme influences majeures. Elle a expliqué aux médias américains que la série est née de la pression qu'elle ressentait de ne pas être mariée, alors que ses parents semblent vivre un amour parfait depuis quarante ans. Un très mauvais pressentiment débute cinq jours avant les noces, alors que Rachel conduit avec son fiancé Nicky, joué par Adam DiMarco, pour rencontrer sa belle-famille. Les futurs beaux-parents habitent évidemment une maison perdue sous la neige au fond des bois, une mise en scène qui rappelle Get Out ou Wedding Nightmare.
La jeune femme, qui étudie la psychologie pour soigner son anxiété, ressent une boule au ventre persistante. Cette angoisse ne fait que s'amplifier lorsqu'un Zlatko Burić, plus inquiétant que jamais, joue les prophètes de mauvais augure dans un bar désert en bord de route, lui demandant : « Are you sure he is the one ? » (« T'es sûre que c'est le bon ? »). La rencontre avec sa future belle-mère, la matriarche somnambule Jennifer Jason Leigh, et son mari, interprété par Ted Levine, n'arrange rien à l'affaire.
Un slow-burn de l'angoisse maîtrisé
La grande force de la série réside dans sa capacité à faire monter une angoisse sourde sur les premiers épisodes, habilement soutenue par le jeu subtil de Camila Morrone, qui parvient à exprimer la peur sans la verbaliser. L'horreur n'est pas frontale mais suinte en périphérie d'un drame familial, à la manière de Mike Flanagan dans The Haunting of Hill House. Ce slow-burn explose ponctuellement avec des jump-scares chirurgicaux et un gore organique jamais gratuit.
La showrunneuse s'est entourée de femmes à la réalisation, principalement la Polonaise Weronika Tofilska, qui avait déjà démontré une incroyable capacité à créer une sensation d'étouffement dans Baby Reindeer. Elle travaille à nouveau avec son directeur de la photographie Krzysztof Trojnar, formant une dream team du malaise. L'asphyxie sonore est assurée par Colin Stetson, compositeur d'Hereditary et de l'ovni lovecraftien Color Out of Space avec Nicolas Cage. Les habitués des productions A24 se sentiront en terrain familier.
Une conclusion qui divise
Après une première moitié parfaitement maîtrisée, la série choisit de lever le voile sur son mystère à mi-parcours. La suite pèche parfois dans la narration, et la conclusion, qui privilégie la suggestion plutôt que la résolution, ne plaira pas à tous les spectateurs. Mais l'essentiel est ailleurs : Haley Z. Boston a réussi à se faire une place dans le « boy's club » de l'horreur, et Un très mauvais pressentiment trône actuellement à la première place du Top 10 Netflix aux États-Unis, et à la deuxième place en France. On peut lui dire « I do » sans hésitation.



