Angoulême sous le feu des projecteurs : le tournage secret de Wes Anderson dévoilé
Tournage secret de Wes Anderson à Angoulême révélé

Angoulême transformée en plateau de cinéma géant

Le 22 février 2019 restera une date mémorable pour les habitants d'Angoulême. Ce soir-là, vers 22h30, la voix caractéristique de Wes Anderson résonne sur la place du Minage, annonçant le début d'une séquence de tournage pour son film "The French Dispatch". Les quelques badauds présents, attirés par une annonce municipale sur les réseaux sociaux, échangent des regards intrigués.

Une curiosité attisée par des effets sonores spectaculaires

Quelques jours plus tôt, la Ville d'Angoulême avait prévenu ses habitants via Twitter : « Du 11 au 13 février, le tournage de Wes Anderson sera animé d'effets sonores (petites explosions, tirs en rafales...). Soyez rassuré si vous passez à proximité de la place du Minage et de la rue Laferrière. C'est juste du cinéma ! » Cette communication inhabituelle a naturellement piqué la curiosité des riverains, des journalistes et des nombreux fans du réalisateur texan.

Sur place, l'attente est cependant teintée de déception pour certains. Franck, venu espérant assister à des scènes spectaculaires, constate amèrement : « Non mais les explosions, en fait, c'est juste un mec qui bruite avec sa bouche ? » La vision est obstruée par de grands draps noirs tendus autour du plateau, tandis que des agents de sécurité maintiennent les curieux à distance respectable.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une superproduction américaine discrète mais omniprésente

Depuis novembre 2018, cette superproduction américaine a littéralement pris ses quartiers dans la ville charentaise, sans que beaucoup d'Angoumoisins ne réalisent pleinement l'ampleur de l'événement se déroulant à leur porte. Les scènes tournées en extérieur sont particulièrement bien gardées, les équipes travaillant à un rythme effréné. À peine les caméras coupées, les décors sont démontés et les rues rendues aux passants, comme si de rien n'était.

Le lundi soir en question, un homme au mégaphone prévient l'assistance : « Attention, il va vraiment y avoir du bruit cette fois. Je vais vous demander de ne pas être choqués, de ne pas faire de bruit, de ne pas applaudir. Nous avons peu de prises... » Raphaël, membre de l'équipe, taquine les spectateurs en ajoutant : « On a demandé aux riverains de fermer les volets pour éviter que les vitres ne se brisent avec l'onde de choc... »

Des fans dévoués bravant le froid

Malgré les conditions hivernales, une petite foule de passionnés persévère. Juan et son amie Asha viennent quotidiennement observer les évolutions du décor. « La semaine dernière, on a vu Wes Anderson faire des plans préparatoires avec une petite caméra, presque tout seul, dans l'après-midi », racontent-ils avec enthousiasme. Non loin d'eux, un groupe d'étudiants bordelais fait le pied de grue depuis des heures. Garance, rayonnante, a réussi à glisser une enveloppe à un membre de la production, contenant une lettre d'admiration pour le réalisateur, avec l'espoir d'une invitation à approcher le tournage.

Les déflagrations reprennent, créant une ambiance surréaliste dans la nuit angoumoisine. Initialement autorisés jusqu'à 1 heure du matin par la préfecture, les tournages se prolongent finalement bien au-delà de 2 heures, signe que les prises s'enchaînent avec succès.

Des retombées économiques historiques pour le territoire

Un record budgétaire pour le cinéma français

Avant même sa sortie en salles, "The French Dispatch" entre dans l'histoire du cinéma français. Frédérique Bredin, présidente du Centre national du cinéma, révèle au Parisien en février 2019 que cette production dépasse le record précédent détenu par "Mission impossible", avec des dépenses estimées entre 27,5 et 40 millions d'euros sur le territoire national. Il s'agit tout simplement de la plus grosse production internationale jamais tournée en France.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Entièrement réalisé à Angoulême et dans ses environs, le film génère des retombées économiques considérables. Hôtels et restaurants font le plein depuis des mois, accueillant les centaines de techniciens présents depuis l'été 2018 pour préparer les décors. Xavier Bonnefont, maire d'Angoulême, souligne : « Nous sommes extrêmement heureux, les gens sont très fiers. Nous avons aussi un savoir-faire dans la filière de l'image. Des compétences qui sont reconnues et appréciées par ces gens de grand talent. »

Une manne pour les entreprises locales

Les entreprises charentaises profitent largement de cette présence hollywoodienne. Un fournisseur de café en gros réalise en quelques semaines un chiffre d'affaires équivalent à deux années normales de travail. Les secteurs du bâtiment, de la peinture, de l'image et de l'artisanat connaissent une activité exceptionnelle. Cette production fonctionne comme une « véritable PME » créant à la fois des emplois directs et indirects.

L'Agglomération d'Angoulême a démontré une remarquable capacité d'adaptation, transformant divers lieux en studios de cinéma : l'Hôtel-Dieu en centre-ville, d'anciens locaux à Gond-Pontouvre et Ruelle, et même l'ancien Ehpad Beaulieu.

Un héritage durable pour la cité de la bande dessinée

Une visibilité internationale inédite

Au-delà des retombées immédiates, ce tournage positionne Angoulême sur la carte mondiale du cinéma. « Nous étions déjà identifiés sur le territoire national comme étant une terre de cinéma », explique Xavier Bonnefont, « mais ce tournage nous permet d'être plus visibles à l'échelle mondiale. » Le maire révèle même que d'autres projets internationaux ont manifesté leur intérêt pour la ville depuis l'arrivée des équipes américaines.

La conservation d'une trace indélébile

Angoulême, déjà célèbre pour son festival de bande dessinée, pourrait ainsi s'affirmer comme une place forte du 7e art. « Nous allons essayer de récupérer quelques décors », confie Xavier Bonnefont. « Ils seront entreposés dans un lieu culturel pour que la Ville puisse conserver une trace de ce tournage. » Cette initiative pourrait donner naissance à un tourisme cinéphile spécifique, attirant des visiteurs passionnés désireux de découvrir les lieux qui ont accueilli le tournage.

Même si les paysages urbains seront probablement méconnaissables à l'écran après le travail des décorateurs, Angoulême gardera une trace indélébile de cette aventure cinématographique hors norme. La course contre la montre des équipes de Wes Anderson, qui s'est poursuivie jusqu'à mi-mars 2019, a transformé temporairement la ville en un gigantesque plateau de tournage, laissant derrière elle non seulement des souvenirs impérissables mais aussi des perspectives économiques et culturelles renouvelées.