Retour sur le tournage de « Maladie d’amour » à Bordeaux en 1987
Tournage de « Maladie d’amour » à Bordeaux en 1987

En mai 1987, le cinéma s'invite à Bouliac, près de Bordeaux. La mairie se transforme en coulisses de tournage. Une porte s'ouvre : Alioucha, le fils de Nastassja Kinski, âgé de trois ans, court se jeter dans les jambes de Jacques Deray, réalisateur de « Maladie d'amour ». Le garçon accompagne sa mère sur le plateau, mais préfère rapidement regarder la télévision plutôt que de suivre le tournage. Techniciens, assistants, figurants et silhouettes se croisent, tandis que Jean-Hugues Anglade, malgré ses lunettes de jeune médecin, affiche un air facétieux, et que Michel Piccoli, vêtu d'un pull-over, sème le doute chez le metteur en scène : « Tu es habillé comme ça ?… Alors elle, en Chanel et toi en chandail ? » Piccoli éclate de rire : « Mais non, je ne suis pas de ce plan… »

Du restaurant au plateau

Les plaisanteries cessent lorsque retentit le traditionnel : « Action générale ! Silence ! Moteur ! » La voix est forte, le ton impérieux, le regard impitoyable, et le verbe tranchant : « Coupez ! » Au Saint-James, Jacques Deray a remplacé le chef Jean-Marie Amat, qui a déserté à l'heure du repas, sans doute pour ne pas voir ses bouteilles de médoc remplies de jus de raisin. La veille, Deray n'était qu'un client ordinaire dans un estaminet du Vieux Bordeaux. Avec un accent bordelais, la patronne lui avait signifié qu'elle ne céderait pas à ses caprices de Parisien pressé : « Ni sandwich, ni croque-monsieur… que le menu ! » Tout au plus avait-il obtenu de remplacer le plat du jour par deux œufs au plat, en s'attirant un : « Eh bé ! Elle va pas être contente Raymonde ! » À quelques pas des caméras, l'ambiance est bien différente de celle du film.

Une histoire sentimentale

« Maladie d'amour », qui sortira à l'automne, plonge le spectateur dans une tourmente sentimentale. Dans le train Paris-Bordeaux, Juliette (Nastassja Kinski) rencontre Clément Potrel (Jean-Hugues Anglade), brillant interne des hôpitaux. Le hasard met ensuite la jeune femme sur le chemin du professeur Raoul Bergeron (Michel Piccoli), cancérologue éminent qui a fait de Clément son dauphin. L'amour fou qui embrase les trois personnages détruit deux couples, une amitié, une carrière et une santé. Mais le dénouement ramène l'espoir autour d'un thème : « La maladie peut être vaincue aussi bien par l'amour que par la médecine. »

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Les coulisses du tournage

Jacques Deray explique : « Il y a eu une première tentative avec Zulawski, il y a deux ans. Adjani avait été pressentie. Après quelques difficultés, le projet est venu sur le bureau de Téchiné qui l'a abandonné. Lorsque l'ombre du premier metteur en scène a disparu, j'ai accepté la proposition de la productrice Marie-Laure Reyre de reprendre le flambeau. J'ai souhaité avoir Nastassja Kinski, Jean-Hugues Anglade et Michel Piccoli dans ma distribution. J'ai également voulu retravailler le scénario avec l'auteur, Danièle Thompson. Pour moi, “Maladie d'amour” est un film de rencontres, puisque je n'avais jamais tourné avec ces gens-là. Pour l'instant, cela me paraît très prometteur. »

Un film d'atmosphère

Jacques Deray, connu pour ses polars, aurait-il l'intention de rompre avec sa tradition ? « J'ai toujours fait dans ma carrière des choses en contradiction avec mon “étiquette”. Voyez par exemple “On ne meurt que deux fois”. “Maladie d'amour” fera partie de mes films d'atmosphère, spectaculaires de l'intérieur. Toutefois, ce n'était pas une raison pour tourner n'importe où. Bordeaux a été choisi pour l'importance de ses activités médicales et son côté bourgeoisie de province. Avant de tourner, je me suis beaucoup documenté. Connaître la ville est pour moi essentiel. J'ai toujours été très intéressé par les grandes cités. J'ai tourné à Vienne, Tokyo, Los Angeles, Barcelone. »

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Une partie de l'action se déroule aussi à la campagne : « Nous serons dans les Landes au mois de juin. Lorsque Clément Potrel est cassé par son patron, il s'installe comme médecin de campagne. Nous avons retenu Lit-et-Mixe. Les Landes ne sont pas une campagne conventionnelle. Elles sont pour moi le symbole du rectiligne. Et l'isolement que l'on peut y ressentir correspond parfaitement au climat que je voudrais restituer dans une partie du film. » En attendant, la caméra de Jacques Deray se promènera encore tout le mois de mai dans de nombreux quartiers de Bordeaux et ses environs, pour le plus grand plaisir des badauds qui n'ont pas forcément le loisir d'aller à Cannes.